Bibliographie d’agrégation

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Le Livre du duc des vrais amants de Christine de Pizan

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La bibliographie de l’édition au programme a été mise à jour par les éditeurs du texte, Dominique Demartini et Didier Lechat.

Une version non commentée est téléchargeable ici au format PDF : LDVA Bibliographie Agrégation 2017

La version commentée figurant ci-dessous est établie conjointement par la branche européenne de la Société Internationale Christine de Pizan et par la section française de la Société Internationale de Littérature Courtoise : Site internet de la SILC.

La liste des contributeurs à la bibliographie commentée est consultable ici : Contributeurs.

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BIBLIOGRAPHIE COMMENTÉE

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Ouvrages de référence

Album Christine de Pizan, par Gilbert Ouy, Christine Reno et Inès Villela-Petit, avec les conseils de James Laidlaw et Marie-Thérèse Gousset (Olivier Delsaux et Tania Van Hemelryck éditeurs et collaborateurs), Turnhout, Brepols, 2012.

BLANCHARD (Joël) et QUEREUIL (Michel), Lexique de Christine de Pizan, Paris, Klincksieck, Nancy, CNRS, Institut national de la langue française (Matériaux pour le Dictionnaire du moyen français ; 5), 1999.

DMF : Dictionnaire du moyen français, version 2015 (DMF 2025), ATILF, CNRS et Université de Lorraine. <http://www.atilf.fr/dmf>.

DULAC (Liliane), « État présent des travaux consacrés à Christine de Pizan », Perspectives médiévales. Trente ans de recherches en langues et en littérature médiévales, textes réunis par Jean-René Valette, 2005, p. 167-190.

KENNEDY (Angus J.), Christine de Pizan, a Bibliographical Guide, London, Grant & Cutler (Research, bibliographies and checklists n° 42), 1984.

— « A Selective Bibliography of Christine de Pizan Scholarship, circa 1980-1987 », Reinterpreting Christine de Pizan…, 1992, p. 285-298.

Christine de Pizan, a Bibliographical Guide. Supplement 1, London, Grant & Cutler (Research, bibliographies and checklists n° 42.1), 1994.

Christine de Pizan, a Bibliographical Guide. Supplement 2, Woodbridge, Rochester, Tamesis (Research, bibliographies and checklists, new series), 2004.

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Éditions et traductions du Livre du duc des vrais amants

Le Livre du duc des vrais amans, dans Œuvres poétiques de Christine de Pisan, Maurice Roy éd., Paris, Firmin-Didot, SATF, t. 3, 1896, p. 59-208. [Edition consultable et téléchargeable ici]

Le Livre du duc des vrais amans, a critical edition by Thelma Fenster, Binghamton, New York, Medieval and Renaissance texts and studies, 1995. [Edition consultable et téléchargeable ici]

The Book of the Duke of True Lovers, traduction en anglais et introduction par Thelma Fenster, traduction des pièces lyriques par Nadia Margolis, New York, Persea Books, 1991.

Le Livre du duc des vrais amants, édition bilingue, publication, traduction, présentation et notes par Dominique Demartini et Didier Lechat, Paris, Champion (CCMA, 37), 2013.

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Choix d’œuvres médiévales utiles pour la lecture du Livre du duc des vrais amants

Alain Chartier, Baudet Herenc, Achille Caulier, Le Cycle de La Belle Dame sans Mercy, édition bilingue établie, traduite, présentée et annotée par David Hult (avec la collaboration de Joan E. McRae), Paris, Champion (collection « Champion Classiques Moyen Âge »), 2003 [surtout : La Belle Dame sans Mercy, p. 15-83].

Eustache Deschamps, Œuvres Complètes, marquis de Queux de Saint-Hilaire et G. Raynaud éds., Paris, Firmin-Didot, SATF, 11 vols., 1878-1903.

Eustache Deschamps, Anthologie, édition, traduction et présentation par Clotilde Dauphan, Paris, Librairie Générale Française (Livre de Poche, collection « Lettres Gothiques »), 2014. [voir notamment L’Art de dictier, p. 582-635]

Guillaume de Lorris et Jean de Meun, Le Roman de la Rose, édition, traduction, présentation et notes par Armand Strubel, Paris, Librairie Générale Française (Livre de Poche, collection « Lettres Gothiques »), 1992.

Guillaume de Machaut, Le Livre du Voir Dit, édition critique et traduction par Paul Imbs, introduction, coordination et révision par Jacqueline Cerquiglini-Toulet, Paris, Librairie Générale Française (Livre de Poche, collection « Lettres Gothiques »), 1999.

Guillaume de Machaut, Œuvres, Ernest Hœpffner éd., Paris, Firmin-Didot, SATF, 3 vols., 1908, 1911, 1921. [on trouvera notamment dans cette édition : le Prologue, t. 1, p. 1-12 ; le Remede de Fortune, t. 2, p. 1-157].Jean Froissart, L’Espinette amoureuse, Anthime Fourrier éd., Paris, Klincksieck, 1963 (pour la première édition) ; 1972 (seconde édition, entièrement revue).

Jean Froissart, La Prison amoureuse, Anthime Fourrier éd., Paris, Klincksieck, 1974.

Jean Froissart, Le Joli Buisson de Jonece, Anthime Fourrier éd., Genève, Droz (TLF n° 222), 1975.

Jean Froissart, Le Joli Buisson de Jeunesse, Marylène Possamai-Perez trad., Paris, Champion, 1995.

Recueil d’Arts de Seconde Rhétorique, E. Langlois éd., Paris, Imprimerie nationale, 1902.

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Choix d’œuvres de Christine de Pizan. Éditions et traductions [1]

Cent Ballades d’amant et de dame, Jacqueline Cerquiglini éd., Paris, UGE (10/18, coll. « Bibliothèque médiévale » n° 1529), 1982.

Epistre Othea, Gabriella Parussa éd., Genève, Droz (TLF n° 517), 1999.

La Cité des Dames, texte traduit par Thérèse Moreau et Eric Hicks, Paris, Stock/Moyen Age, 1986.

La Città delle Dame, Earl Jeffrey Richards éd., Patrizia Caraffi trad. [traduction en italien], Milan, Luni Editrice, 2e édition, 1998.

The Livre de la Cité des Dames of Christine de Pisan : a Critical Edition by M. C. Curnow, Vanderbilt University, Ph. D., 1975, 2 vols.

Le Chemin de longue Étude, Andrea Tarnowski éd. et trad., Paris, Librairie Générale Française (Livre de Poche, coll. « Lettres Gothiques »), 2000.

Le Débat sur le Roman de la Rose : Christine de Pisan, Jean Gerson, Jean de Montreuil, Gontier et Pierre Col, éric Hicks éd., Paris, Champion (Bibliothèque du XVe siècle, t. 43), 1977.

Le Débat sur le Roman de la Rose, traduit en français moderne par Virginie Greene, Paris, Champion, 2006.

Le Livre des epistres du debat sus le Rommant de la Rose, A. Valentini éd., Paris, Classiques Garnier [Textes littéraires du Moyen Âge], 2014.

Le livre de l’advision Cristine, Christine Reno et Liliane Dulac éds., Paris, Champion, 2001.

La Vision de Christine, traduction, introduction et bibliographie par Anne Paupert, dans Voix de femmes au Moyen Âge, dir. Danielle Régnier-Bohler, Paris, Robert Laffont (collection Bouquins), 2006, p. 407-542.

Le Livre de la Mutacion de Fortune, Suzanne Solente éd., Paris, Picard, SATF, 4 vols., 1959-1966.

Le Livre des Fais et bonnes meurs du sage roy Charles V, Suzanne Solente éd., Paris, Champion, 2 vols. (Société de l’Histoire de France), 1936-1941.

Le Livre des Faits et Bonnes Mœurs du roi Charles V le sage, traduit par Eric Hicks et Thérèse Moreau, Paris, Stock/Moyen Âge, 1997.

Le Livre des Faits et Bonnes Mœurs du sage roi Charles V, présentation, notes et index de Joël Blanchard, traduction de Joël Blanchard et Michel Quereuil, Paris, Pocket (Agora), 2013. 

Le Livre des Trois Vertus, Charity Canon Willard éd., texte établi en collaboration avec E. Hicks, Paris, Champion, 1989.

Le Livre des Trois Vertus, traduction, introduction et bibliographie par Liliane Dulac, dans Voix de femmes au Moyen Âge, dir. Danielle Régnier-Bohler, Paris, Robert Laffont (collection Bouquins), 2006, p. 543-697.

Œuvres poétiques de Christine de Pisan, Maurice Roy éd., Paris, Firmin-Didot, SATF, 3 vols. [t. 1, 1886 : Cent ballades, Virelays, Balades d’estrange façon, Lays, Rondeaux, Jeux à vendre, Ballades de divers propos, Une Complainte amoureuse, Autres ballades ou Ballades de divers propos ; t. 2, 1891 : Dit de la Rose, Epître au Dieu d’Amours, Le Débat de deux amants, Le Livre des trois Jugements, Dit de Poissy, Dit de la Pastoure, Epître à Eustache Morel ; t. 3, 1896 : Une Oraison Nostre Dame, Les Quinze Joyes de Nostre Dame, Une Oroison de la vie et passion Nostre Seigneur, Notables moraux ou Enseignements de Christine a son fils, Proverbes moraux, Le Livre du Duc des vrais amants, Les Cent Ballades d’amant et de dame].

The Love Debate Poems of Christine de Pizan, Le Livre du Debat de deux amans, Le Livre des Trois jugemens, Le Livre du Dit de Poissy, Barbara K. Altmann éd., Gainesville, University of Florida Press, 1998.

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Sur Christine de Pizan

Biographies et Notices

AUTRAND (Françoise), Christine de Pizan. Une femme en politique, Paris, Fayard, 2009.

LEFEVRE (Sylvie), notice sur « Christine de Pizan », Dictionnaire des Lettres françaises, Le Moyen Âge, éd. G. Hasenohr et M. Zink, Paris, Fayard, 1992, p. 280-287. Réimpr. : Paris, Fayard (La Pochotèque), 1994.

ROUX (Simone), Christine de Pizan. Femme de tête, dame de cœur, Paris, Payot, 2006.

SOLENTE (Suzanne), Christine de Pisan, Paris, Imprimerie nationale, Klincksieck, 1969 [extrait de L’Histoire littéraire de la France, t. 40].

WILLARD (Charity Cannon), Christine de Pizan : Her Life and Works, New York, Persea, 1984.

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Contexte historique et littéraire

BADEL (Pierre-Yves), Introduction à la vie littéraire du Moyen Âge, Paris, Bordas, 1969 pour la première édition ; édition revue en 1984.

— Le Roman de la Rose au XIVe siècle : étude de la réception de l’œuvre, Genève, Droz, 1980.

Problématique générale : définir l’influence du Roman de la Rose dans la vie intellectuelle du quatorzième siècle et du début du siècle suivant ; retracer les débats préliminaires à la Querelle du Roman de la Rose ; décrire cette dernière.

 Christine de Pizan est très présente dans cette importante étude qui vise à décrire l’impulsion fondamentale que le Roman de la Rose -et la partie rédigée par Jean de Meun en particulier-a donné à la littérature de la fin du Moyen Âge. L’index de l’ouvrage comprend 21 entrées consacrées à la poétesse ; nous en avons relevé neuf autres (p. 345, 462, 463, 464, 469, 473, 473, 476, 477, 478, 502). Le Livre du duc des vrais amants n’est pas mentionné dans ce livre, dont un chapitre important est consacré à la querelle du Roman de la Rose opposant Christine de Pizan et Jean Gerson à Jean de Montreuil ainsi qu’aux frères Col (p. 411-447). Pierre-Yves Badel rappelle le rôle fondamental de Christine de Pizan dans cette affaire : elle transforme une querelle d’écrivains en une affaire publique. Il décrit également une poétesse dont la lecture de la partie due à Jean de Meun du Roman de la Rose est fine et précise, et dont la sensibilité est profondément influencée par cette œuvre. Le débat sur la nature de l’amour et surtout sur l’honnêteté de l’écrivain discuté caractéristiques de la Querelle pourraient trouver implicitement des échos dans le Livre du duc des vrais amants

mots clés : Roman de la Rose ; réception ; vérité

Pierre Levron

BLANCHARD (Joël), « Christine de Pizan : une laïque au pays des clercs », « Et c’est la fin pour quoy sommes ensemble » (Mélanges Jean Dufournet), Jean-Claude Aubailly, Emmanuèle Baumgartner, Francis Dubost, Liliane Dulac et Marcel Faure éds, Paris, Champion, 1993, t. 1, p. 215-226.

Christine de Pizan est une exception dans le paysage littéraire parisien autour de 1400, à une époque où être auteur suppose deux prérequis : avoir été formé au latin, et être soutenu par une institution, généralement l’Université (elle que l’on appelle alors « la fille du roi »), pour assurer la diffusion de ses textes. Somme toute, il faut donc être un clerc. Les méthodes de travail et d’écriture de Christine de Pizan se distinguent au pays des clercs. Premièrement, elle doit sans cesse rechercher des protecteurs. Il lui faut donc approcher les Grands, adapter ses textes pour eux, les séduire. En outre, Christine de Pizan, qui lit sans doute le latin mais ne le traduit guère, utilise des traductions françaises comme sources de ses écrits. Il y a là un problème de légitimité à une époque où nombre de clercs, sous la houlette de Charles V et de Charles VI auprès desquels ils exercent d’importantes fonctions, fournissent à la littérature des traductions du latin (Nicole Oresme ou Laurent de Premierfait, par exemple). Christine de Pizan doit donc adapter les pratiques du milieu clérical (scolastique et compilation) et biaiser avec les cadres d’une tradition canonique, comme celle des miroirs aux princes, textes didactiques destinés à l’éducation des têtes couronnées. Cela se ressent tout particulièrement dans son Livre des fais et bonnes meurs du sage roy Charles V, texte hybride qui entrelace la compilation d’œuvres morales et le témoignage d’une histoire vécue, faite de souvenirs personnels, de portraits et d’anecdotes : « et ce ay je veu de mes yeulx ». Christine de Pizan finit par conquérir un public dans ce pays qui était destiné à lui demeurer étranger. La vérité de son écriture passe notamment par une connaissance personnelle et vécue, ce qui est neuf dans le milieu clérical.

Mots clés : traduction, latin, Charles V, vérité, clercs.

Lucien Dugaz

BOUCHET (Florence), Le discours sur la lecture en France aux XIVe et XVe siècles : pratiques, poétique, imaginaire, Paris, Champion, 2008.

BOULTON (Maureen), The Song in the Story : Lyric Insertions in French Narrative Fiction, 1200-1400, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 1993.

L’ouvrage de Maureen Boulton est une étude globale sur le phénomène de l’insertion lyrique dans les récits des XIIIe et XIVe siècles. Le chapitre introductif livre quelques grandes problématiques (p. 1-23). Outre la section consacrée à Christine de Pizan dans le chapitre 6 (« The Song and The Dit : The Poet as Hero », p. 181-242), et qui propose plusieurs réflexions sur le Livre du duc, l’ouvrage donne des pistes pour penser le lien entre la narration et la « chanson », en s’appuyant toujours sur les modèles fondateurs de ce dispositif : le Guillaume de Dôle de Jean Renart, notamment. Le chapitre 5, par exemple, s’intéresse au pouvoir d’influence du poème lyrique– envisagé ici sous l’angle du message adressé – sur la diégèse : qu’il s’agisse d’une chanson permettant de déclarer son amour à un destinataire, de lettres-poèmes hérités des saluts d’amour, insérés dans la trame narrative, ou d’un dialogue lyrique. (« The Song as Message », p. 143-180.)

Mots clés : insertion lyrique, récit, refrain.

Mathias Sieffert

BROWN-GRANT (Rosalind), Christine de Pizan and the Moral Defence of Women, Cambridge, Cambridge University Press, 1999.

CERQUIGLINI-TOULET (Jacqueline), « Le Clerc et l’écriture : Le Voir Dit de Guillaume de Machaut et la définition du dit », Grundriss der Romanischen Literaturen des Mittelalters, Begleitreihe t. 1, Heidelberg, Carl Winter Universitätsverlag, 1980, p. 151-168.

Jacqueline Cerquiglini-Toulet définit le dit en se fondant sur une lecture du Livre du Voir Dit de Guillaume de Machaut. Le genre se caractérise par sa dimension réflexive et par ses tensions. Le procédé de l’insertion (de pièces lyriques, de lettres etc.) met en avant les ruptures, de sorte que le principe du montage des formes et des codes devient une loi constitutive du genre : « Le dit est un genre qui se définit par son jeu au second degré, en d’autres termes, le dit est un genre qui travaille sur le discontinu. […] Ce n’est donc pas la nature des ‘ingrédients’ qui fait le dit, […] mais bien leur mode de mise en présence, leur montage – c’est-à-dire une qualité plus abstraite. » (p. 158). Le principe du montage induit la distanciation et le dit n’est concevable que par la médiation de l’écriture. Pourtant, il entretient un rapport à la parole, qu’il mime par la mise en scène d’un « je ». Cette première personne s’oppose à la fois de la troisième personne à fonction d’autorité de l’auteur des romans et au « je » universel de la lyrique courtoise : le dit est la recherche d’une voix pour le clerc, où le « je » est le seul garant d’une vérité de l’ordre du témoignage.

mots clés : dit, insertions lyriques, lettres

Vanessa Obry

CERQUIGLINI-TOULET (Jacqueline), « Un Engin si soutil », Guillaume de Machaut et l’écriture au XIVe siècle, Paris, Champion (Bibliothèque du XVe siècle t. 47), 1985.

CERQUIGLINI-TOULET (Jacqueline), « Quand la voix s’est tue : la mise en recueil de la poésie lyrique au XIVe et XVe siècles », La présentation du livre. Actes du colloque de Paris X-Nanterre (4,5,6 décembre 1985), Emmanuèle Baumgartner et Nicole Boulestreau éds., Littérales, 2, 1987, p. 313-327.

CERQUIGLINI-TOULET (Jacqueline), « Le Dit », Grundriss der Romanischen Literaturen des Mittelalters, vol. VIII, t. 1, La littérature française aux XIVe et XVe siècles, Heidelberg, Carl Winter Universitätsverlag, 1988, p. 86-94.

CERQUIGLINI-TOULET (Jacqueline), « L’étrangère », Revue des Langues Romanes, 92, 1988, p. 239-251.

Le personnage et les textes de Christine de Pizan se comprennent à la lumière d’un concept essentiel : la distance. Langue, statut, posture auctoriale en témoignent. La langue maternelle, d’abord, est l’italien, que l’auteure lit, mais sans en avoir fait sa langue d’écriture. « O Minerve, deesse d’armes et de chevalerie ! […] je suis comme toy femme ytalienne » (Livre des fais d’armes et de chevalerie) : l’origine géographique conditionne un point de départ, celui de la translatio studii que Christine de Pizan incarne, de l’Italie vers la France. La distance n’est pas seulement linguistique, elle est aussi sociale. Choisir un veuvage solitaire, c’est un statut qui contraint l’auteure à prendre la plume, et à devenir « patron de sa nef » : « Vous diray qui je suis, qui parle / Qui de femelle devins masle » (Mutacion de Fortune, v.141-142). Ce statut définit une nouvelle posture, celle du retrait, qui devient fréquente chez les auteurs de la fin du Moyen Âge (Machaut dans le Voir Dit, Froissart dans la Cour de May). « L’agitation des cours, la fréquentation sociale deviennent une gêne pour la création ». Chez Christine de Pizan, le retrait est un motif récurrent, notamment dans les enluminures qui montrent presque systématiquement l’auteure à l’étude, où elle travaille dans « un rapport boulimique, anthropophagique, au savoir ». Christine de Pizan occupe ainsi les marges définies par sa laïcité, son choix du veuvage solitaire et de la profession d’auteure en retrait. Elle est « fille de l’ailleurs devenue fils de soi-même ». Cette existence-aux-marges se ressent tout particulièrement dans les incipit de ses œuvres. Qu’on rapproche ainsi le début du Duc des vrais amants, « car en aultre affaire / Ou trop plus me delictoye / Toute m’entente mettoye » (v.4-6) de ces vers des Cent ballades d’amant et de dame « Car mieulx me pleust entendre a autre afaire / De trop greigneur estude » (v.18) ou « alieurs suis apensee » (ballade II, v.2), Christine de Pizan « n’est jamais là où on la souhaite, où on l’attend, et pourtant décide d’occuper la place qu’on lui assigne, volontairement ». L’étrangère assume son extranéité : dans une posture d’auteure retirée, elle transgresse, transmue, transplante.

Mots clés : retrait, distance, Cent ballades d’amant et de dame, Mutaction de Fortune, veuvage, enluminures.

Lucien Dugaz

CERQUIGLINI-TOULET (Jacqueline), La couleur de la mélancolie. La fréquentation des livres au XIVe siècle, 1300-1415, Paris, Hatier, 1993.

CERQUIGLINI-TOULET (Jacqueline), « Leçon. Sentier de rime et voie de prose au Moyen Âge », Po&sie, 119, 2007, p. 123-131.

Le mot poésie apparaît dans la langue française au XIVe siècle. Il ne distingue pas le vers de la prose et désigne le récit de fiction : « Car poetrie n’est autre chose a dire nemais science qui aprent a faindre », écrit Jacques Legrand dans l’Archiloge Sophie vers 1400. La prose est deuxième apparue dans l’histoire littéraire du français (XIIIe siècle), mais elle est souvent jugée première en raison de son caractère de vérité : « la prose développe, déplie les sens que le vers maintient noués », c’est donc le choix des continuations, des commentaires et des dérimages, que l’on songe au Lancelot en prose qui continue le Conte du Graal de Chrétien de Troyes, aux razos qui précèdent les vers des troubadours ou aux gloses de l’Epistre Othea de Christine de Pizan. Une métaphore spatiale rend assez bien compte de cette divergence. Brunetto Latini, dans Li livres dou tresor (1266), écrit que « la voie de prose est large et pleniere sicomme est ore la commune parleure des gens, mais li sentiers de risme est plus estrois et plus fors, sicomme celui ki est clos et fermés de murs et de palis ». On retrouve cette métaphore du chemin dans l’étymologie (fantaisiste) d’Isidore de Séville, qui rapproche littera de iter, le chemin. Mais opposer vers et prose ne fait pas sens au Moyen Âge : la confrontation peut par exemple être à trois termes entre vers narratifs, vers lyriques et prose, comme dans le Voir Dit de Machaut ou le Duc des vrais amants. Dans ces textes, la poésie est partout présente, quel que soit le sentier choisi.

Mots clés : prose, poésie, insertions lyriques.

Lucien Dugaz

CERQUIGLINI-TOULET (Jacqueline), « La prose et la rose : l’imaginaire spatial de la prose et du vers », Rencontres du vers et de la prose. Conscience théorique et mise en page, sous la direction de C. Croizy-Naquet et M. Szkilnik, Turnhout, Brepols, 2015, p. 151-160.

CERQUIGLINI-TOULET (Jacqueline), « Christine de Pizan et le pouvoir du nom », Le Moyen Français, vol. 75, 2014, p. 3-17.

Cet article analyse les différentes façons dont Christine de Pizan investit son nom pour en faire une marque d’autorité. Qu’il apparaisse en signature, dans le titre des œuvres, qu’il soit théâtralisé par un dialogue avec un personnage, le nom de Christine s’impose dans ses textes et contribue à la construction de la personna de l’écrivaine. Lorsqu’il prend la forme d’un anagramme, il devient programme littéraire déterminé par les techniques de déchiffrement de l’énigme ainsi posée. Cette présence sans cesse renouvelée du nom tisse un lien entre Christine et le Christ, autorité suprême permettant à la voix de la femme-écrivain de s’imposer.

Mots clés : nom, autorité de l’auteur, personna, anagramme.

Claire Le Ninan

DAUPHANT (Clotilde), Poétique des œuvres complètes d’Eustache Deschamps, ms. BnF fr. 840 : composition et variation formelle, Paris, Champion, 2015.

Ouvrage récent extrêmement complet sur le manuscrit des oeuvres complètes du disciple de Machaut. On lira en particulier le chapitre III qui aborde  le lai, le virelai et le rondeau. Les mises au point et les problématiques liées à ces formes viennent notamment prolonger et corriger les pages qui y sont consacrées  dans Le Poète et le Prince de Daniel Poirion (cf. infra dans la bibliographie). Concernant l’art de la ballade, on se reportera notamment aux chapitres IV et V et à leurs tableaux synthétiques ainsi qu’à l’importante réflexion portant sur les deux types d’hétérométrie (hétérométrie « forte » et hétérométrie « faible », p. 266-285). Sur l’envoi et le refrain, voir également le chapitre VI. La lecture de l’ouvrage en entier peut se révéler utile puisqu’il pose la question de l’homogénéité du recueil lyrique, et interroge la notion de forme dite « fixe » et en élabore une critique rigoureuse. Un index nominum, en fin de volume, indique l’ensemble des pages qui mentionnent Christine de Pizan. 

Mots-clés : forme fixe, ballade, rondeau, virelai, lai, lyrisme, recueil, Deschamps

Mathias Sieffert

DELSAUX (Olivier), Manuscrits et pratiques autographes chez les écrivains français de la fin du Moyen Âge : l’exemple de Christine de Pizan, Genève, Droz, 2013.

HUIZINGA (Johan), L’Automne du Moyen Âge, [1ère éd. aux Pays-Bas en 1919], Paris, Payot (trad. française de J. Bastin précédée d’un entretien avec J. Le Goff), 1980.

HUOT (Sylvia), From Song to Book, the poetics of Writing in old French Lyric and Lyrical Narrative Poetry, Ithaca and London, Cornell University Press, 1987.

HUOT (Sylvia), The Romance of the Rose and its Medieval Readers, Cambridge, Cambridge University Press, 1993.

LECHAT (Didier), « Dire par fiction », Métamorphoses du je chez Guillaume de Machaut, Jean Froissart et Christine de Pizan, Paris, Champion, 2005.

LE NINAN (Claire), Le Sage Roi et la clergesse. L’Écriture du politique dans l’œuvre de Christine de Pizan, Paris, Champion, 2013.

MÜHLETHALER (Jean-Claude), « Désir et étonnement : de l’auteur au lecteur. Émotion, écriture et lecture au temps de Christine de Pizan », Le Moyen Français, vol. 75, 2014, p. 19-42.

L’inscription de l’émotivité dans un discours fait partie de la construction de la posture de l’auteur. Le désir, élan qui nous pousse hors de nous-même, bien différent de l’envie qui est de l’ordre de la haine et de la stérilité, est au cœur de l’écriture poétique, politique et religieuse. Dans ses œuvres courtoises, Christine dit écrire par désir de plaire à ses mécènes, confiant la parole amoureuse à d’autres ou à ses doubles. Elle privilégie davantage, dans l’ensemble de ses textes, le désir de savoir, à la fois curiosité et ouverture. À l’origine de cet élan, se trouvent l’émerveillement et l’étonnement qui guident à la fois l’écriture et la lecture, l’écrivaine et ses contemporains appelant à une lecture critique de leurs œuvres. Pour autant, l’émotion n’est pas délaissée : elle s’exprime dans les textes de circonstance, nés d’une réaction face à un événement troublant. L’émotion vient soutenir la démarche intellectuelle de l’auteur et celle du lecteur.

Mots clés : désir, émerveillement, écriture, lecture, émotion, posture, ethos.

Claire Le Ninan

PARUSSA (Gabriella), « Stratégies de légitimation du discours autorial : dialogie, dialogisme et polyphonie chez Christine de Pizan », Le Moyen Français, vol. 75, 2014, p. 43-65.

Cet article interroge la construction de son autorité par Christine de Pizan, porteuse d’une voix féminine dans un monde dominé par la misogynie cléricale, à la lumière des notions linguistiques de mode dialogique, de modalité dialogale et de polyphonie. L’œuvre de Christine se caractérise par la pluralité des voix : dialogues dans les textes poétiques, débats, notamment le Débat sur le Roman de la Rose, où l’écrivaine se charge d’orchestrer les lettres de ses interlocuteurs afin d’appuyer son propre discours. Cette même technique se retrouve dans L’Epistre Othea où Christine prend en charge la glose, travail universitaire par excellence. À partir du Chemin de longue étude, Christine distribue la parole entre son personnage et ses interlocutrices qui l’ont choisie pour rendre compte du débat. Ce procédé est repris et amplifié dans la Cité des dames en ce que Christine prend en charge les arguments misogyne qu’elle combat. Enfin, le discours social est présent dans ses textes par l’insertion de citations et de proverbes qui a pour fonction de montrer l’adhésion de l’auteure à une culture partagée avec son lecteur mais qui, parfois, lui sert aussi à réinterpréter des stéréotypes misogynes afin de les combattre. La place donnée à la multiplicité des voix grâce à la polyphonie témoigne du désir de Christine d’ouvrir le débat pour échapper à toute forme d’autoritarisme.

Mots clés : dialogisme, dialogie, polyphonie, discours social, débat, autorité de l’auteur, misogynie.

Claire Le Ninan

POIRION (Daniel), Le Poète et le Prince, L’évolution du lyrisme courtois de Guillaume de Machaut à Charles d’Orléans, Paris, PUF, 1965 ; Genève, Slatkine reprints, 1978.

L’ouvrage de Daniel Poirion marque un tournant dans l’histoire de la critique du lyrisme à l’automne du Moyen Âge. Il s’intéresse au fonctionnement de la poésie dans la « société de cour »: « la poésie lyrique, au Moyen Âge, n’est ni une pure création personnelle, ni une simple qualité saisie dans un objet: c’est une activité, à la fois personnelle et collective, qui nous met en étroit rapport avec le milieu culturel et la vie sociale » (p. 8) Ce livre s’intéresse à la fois aux aspects anthropologiques, formels et thématiques de la poésie des XIVe et XVe siècles. Il serait évidemment trop long de le résumer ici dans le détail. Si plusieurs séquences portent spécifiquement sur Christine de Pizan (p. 237-254, notamment), la lecture globale de l’étude permet de saisir l’enjeu de la création poétique, en particulier sa première partie (« L’invitation à la poésie », p. 17-139) consacrée à la société de cour et aux circonstances de la poésie, et la troisième partie (« La structure du poème et le mouvement lyrique », p. 313-480) consacrée aux formes lyriques (ballade, rondeau, virelai, lai, chant royal, complainte) ainsi qu’au fonctionnement de la rime. 

Mots clés : poésie, circonstances, courtoisie, Deschamps, Machaut, Froissart, ballade, rondeau, virelai, lai, complainte. 

Mathias Sieffert

POIRION (Daniel), Littérature française, Le Moyen Âge II, 1300-1480, Paris, Arthaud, 1971.

POIRION (Daniel), « Traditions et fonctions du dit poétique au XIVe et au XVe siècle », Grundriss der Romanischen Literaturen des Mittelalters, Begleitreihe, vol. 1, Heidelberg, Carl Winter Universitätsverlag, 1980, p. 147-150.

VALENTINI (Andrea), « Du paternalisme courtois au féminisme de la vague zéro : antécédents de la “Querelle du Roman de la Rose” et originalité de Christine de Pizan », Christine de Pizan. La Scrittrice e la Città…, p. 407-415.

Andrea Valentini place la défense des femmes de Christine de Pisan dans le cadre des critiques du roman de la rose. Il distingue une première critique voilée de l’obscénité et de la misogynie de Jean de Meung sous la plume d’auteurs qui s’inspirent du Roman de la Rose sans reproduire les propos misogynes qu’il contient : Gui de Mori, remanieur du Roman de la Rose ou Nicole de Margival, auteur du Dit de la Panthère d’Amour. Il présente ensuite une critique ouverte, celle de Mahieu le Poirier, dans sa Cour d’Amour. Ces auteurs partagent ce qu’Andrea Valentini qualifie de « paternalisme courtois ». Plus que l’honneur des femmes concrètes, ils défendent une vision courtoise et idéalisée de la femme.

Christine impose, quant à elle, une nouvelle approche de la misogynie. Sous sa plume, un phénomène ancien et collectivement accepté devient intolérable. En analysant la lettre adressée à Jean de Montreuil dans le Livre des epistres du débat sur le Rommant de la Rose, Andrea Valentini s’attache à démontrer que les attaques de Jean de Meung contre l’honneur des femmes sont la raison de l’implication de Christine dans la querelle du Roman de la Rose. Pour distinguer cette défense des femmes des revendications politiques caractérisant les féministes de l’époque contemporaine, Andrea Valentini propose l’expression de « féminisme de la vague 0 ».

Mots-clés : Roman de la Rose, réception, courtoisie

Delphine Mercuzot

ZINK (Michel), Littérature française du Moyen Âge, Paris, PUF 1992.

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Ouvrages collectifs et actes de colloques sur Christine de Pizan [2]

Reinterpreting Christine de Pizan (Mélanges offerts à Charity C. Willard), Earl Jeffrey Richards ed., (avec la collaboration de Joan Williamson, Nadia Margolis et Christine Reno), Athens-London, The University of Georgia Press, 1992.

The City of Scholars, New Approaches to Christine de Pizan (First International Christine de Pizan Conference held June 3-5 1992 at the freie Universität of Berlin), Margarete Zimmermann et Dina De Rentiis éd., Berlin/New York, Walter de Gruyter, 1994.

Une femme de lettres au Moyen Age : études autour de Christine de Pizan, Liliane Dulac et Bernard Ribémont éds., Orléans, Paradigme, 1995.

Sur le Chemin de longue étude…, Actes du colloque d’Orléans, juillet 1995, Bernard Ribémont éd., Paris, Champion, 1998.

Christine de Pizan and Medieval French Lyric, Earl Jeffrey Richards ed., University Press of Florida, 1998.

Christine de Pizan 2000, Studies on Christine de Pizan in Honour of Angus J. Kennedy, John Campbell et Nadia Margolis eds., Amsterdam-Atlanta, Rodopi, 2000.

Au Champ des escriptures (Actes du 3e Colloque international sur Christine de Pizan, Lausanne, 18-22 juillet 1998), Éric Hicks éd., avec la collaboration de Diego Gonzales et Philippe Simon, Paris, Champion, 2000.

Contexts and Continuities (Actes du 4e Colloque international sur Christine de Pizan publiés en l’honneur de Liliane Dulac, Glasgow 21-27 juillet 2000), Angus Kennedy, Rosalind Brown-Grant, James C. Laidlaw et Catherine Müller eds., Glasgow, University of Glasgow Press, 2002.

Christine de Pizan : A Casebook, Barbara K. Altmann et Deborah L. McGrady eds., New York, Londres, Routledge, 2003.

Christine de Pizan. Une femme de sciences, une femme de lettres, études réunies par Juliette Dor et Marie-Elisabeth Henneau, avec la collab. de Bernard Ribémond, Paris, Champion, 2008.

Desireuse de plus avant enquerre… Actes du 6e Colloque international sur Christine de Pizan (Paris, 20-24 juillet 2006), volume en hommage à James Laidlaw, études réunies par Liliane Dulac, Anne Paupert, Christine Reno et Bernard Ribémont, Paris, Champion, 2008.

Christine de Pizan. La Scrittrice e la Città / L’Écrivaine et la Ville / The Woman Writer and the City, G. Angeli et P. Caraffi éd., Firenze, Alinea Editrice, 2013.

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Études portant sur le Livre du duc des vrais amants ou sur un de ses aspects [3]

ADAMS (Tracy), « Eros or Anteros ? Christine de Pizan’s Economies of Desire », Contexts and Continuities…, vol. 1, p. 1-15.

ADAMS (Tracy), « Christine de Pizan’s Frightened Lovers », Fear and its Representations in the Middle Ages and Renaissance, Anne Scott et Cynthia Kosso eds., Turnhout, Brepols, 2002, p. 241-254.

Cet article, comme d’autres travaux de Tracy Adams, réfute l’idée selon laquelle Christine de Pizan critique, dans ses oeuvres, les représentations courtoises de l’amour. L’opposition à la misogynie, telle qu’on peut la lire au début de la Cité des dames, n’induirait pas une critique du point de vue masculin sur l’amour en général. Ce que Christine craint, selon T. Adams, ce n’est pas l’attitude des hommes face aux femmes, mais l’amour comme émotion spontanée et inévitable, dont les conséquences sont nécessairement désastreuses. Dans cette perspective, on ne pourrait attribuer à Christine un discours moral qui viserait à inciter les dames à éviter l’amour. La double fin du LDVA est interprétée comme le signe de cette nature de l’amour : le duc reste fidèle et, malgré cela, la dame éprouve les conséquences néfastes de leur relation. Moins qu’un commentaire moral sur les relations entre les hommes et les femmes, l’oeuvre de Christine devient ainsi une lamentation sur le statut de l’homme : les dames qui souffrent ne sont pas des victimes des tromperies masculines, mais des représentantes de la souffrance universelle.

(Vanessa Obry)

ADAMS (Tracy), « “Pour un petit de nice semblant”, Distance and Desire in Christine de Pizan’s Le Livre du Duc des vrais amans », French Forum, 28, 2003, p. 1-24.

ALTMANN (Barbara), « “Trop peu en sçay”: the Reluctant Narrator in Christine de Pizan’s Works on Love », The Poetry / Poetics of self and Tradition, Robert Barton Palmer ed., New York, AMS Press, 1999, p. 217-249.

ALTMANN (Barbara), « Through the Byways of Lyric and Narrative : The Voiage d’oultremer in the Ballades Cycles of Christine de Pizan », Christine de Pizan 2000…, p. 49-64.

ANCELET-NETTER (Dominique), « Du poétique à l’“économique” : Transfert, emprunt et innovation chez Christine de Pizan », Etudes offertes à Danielle Buschinger par ses collègues, élèves et amis à l’occasion de son quatre-vingtième anniversaire, Florent Gabaude, Jürgen Kühnel et Mathieu Olivier dirsAmiens, Presses du Centre d’Etudes Médiévales de Picardie, 2016, (Médiévales, 60), t. II, p. 238-245.

Christine de Pizan est la première écrivaine de langue française à construire un discours économique, de sorte qu’il est possible de la considérer comme la première femme économiste francophone. Dans le Livre du duc des vrais amants, le lexique économique abonde et contribue à comparer la relation amoureuse à un échange économique, selon une topique déjà présente chez les trouvères du XIIe siècle. Cœur laissé en gage, « guerredon », échange de mots et de lettres et la dame de la Tour comme « comptable de l’amour », tous ces motifs font entrer en résonance la littérature courtoise avec le savoir économique de l’auteure. Le signe poétique se rapproche ainsi du signe monétaire.

Mots clés : courtoise, économie, langage.

Claire Le Ninan

ARDEN (Heather), « Le Duc des vrais amans ? Christine de Pizan ré-écrit le Roman de la Rose », De la Rose, Texte, Image, Fortune, Catherine Bel et Herman Braet éds., Louvain-Paris-Dudley, Peeters, 2006, p. 411-420.

Christine de Pizan avait dénoncé dans ses Epistres du debat contre le Rommant de la Rose le traitement de la matière amoureuse, qui pousserait les lecteurs à désirer ce qui leur nuit ; l’œuvre de Guillaume de Lorris et Jean de Meun étant par conséquent sans utilité. Christine s’adonne pourtant elle-même à la narration amoureuse dans le Duc. Ce texte possède pourtant un sous-texte, décelable à partir des critiques de la dame de la Tour : la structure narrative du texte permet une analyse du processus par lequel les femmes succombent à la fole amour. Le topos de la maladie d’amour, face à la crédulité de la dame, ne peut lui laisser que le choix entre la censure littéraire qui frappe une dame sans pitié et des qualités humaines de sympathie et de miséricorde, qui l’amèneront à aimer. Plus qu’au commanditaire, l’utilité du Duc serait donc destinée aux lectrices, pour qui le texte retrace la manipulation dont elles font l’objet à travers le discours des amants.

Mots clés : Sebille, dame de la Tour, courtoisie, langage, Roman de la rose

Sarah Delale

ARDEN (Heather), « Othon de Grandson and Christine de Pizan. Love’s Martyrs », Othon de Grandson, chevalier et poète, études réunies par Jean-François Kosta-Théfaine, Orléans, Paradigme, 2007, p. 103-121.

Le motif de l’amant martyr est étudié à partir du Livre de Messire Ode d’Othon de Grandson et à travers deux thématiques courtoises qui le structurent : la soumission de l’amant à la volonté de la dame et la souffrance amoureuse, physique et psychologique, de l’amant. En trois temps, Heather Arden étudie ces thématiques chez les prédécesseurs d’Othon, chez Othon puis chez Christine de Pizan. Chez Chrétien de Troyes (avec le Lancelot) comme chez Guillaume de Lorris, on observe une peinture de la souffrance amoureuse qui pourrait être qualifiée de masochiste. Chez le second, le jeu social finirait par prendre le pas sur la réflexion sur la psychologie amoureuse. Le Livre de Messire Ode illustre en ceci le caractère auto-régénérateur d’un jeu littéraire, dont l’expérience répétée de la peine et de la joie amoureuse par l’amant constitue l’objet (p. 114). L’amour dépeint est ainsi détaché du réel. Les pages consacrées au Livre du duc des vrais amans (p. 116-121) illustrent le choix différent de Christine face à cet héritage littéraire. Christine incorpore un sous-texte dans la narration principale, afin de révéler le caractère autocentré et auto-rémunérateur du langage courtois, proprement masculin, femmes et hommes ne parlant pas le même langage amoureux (p. 118). Dès lors, l’amour ne se construit que sur des malentendus. Pour Christine, la séparation entre le jeu littéraire de l’amour courtois et ses conséquences réelles pour les femmes est impossible ; c’est sur cette dissociation entre discours littéraire et réalité amoureuse qu’est fondé le Duc.

Mots clés : langage, courtoisie, maladie amoureuse, Othon de Grandson

Sarah Delale

AUTRAND (Françoise), « Christine de Pisan et les dames à la cour », Autour de Marguerite d’Écosse : Reines, princesses et dames du XVe siècle (Actes du colloque de Thouars, 23 et 24 mai 1997), Geneviève Contamine et Philippe Contamine éds., Paris, Champion, 1999, p. 19-31.

BAGOLY (Suzanne), « Christine de Pizan et l’art de “dictier” ballades », Le Moyen Âge, 92, 1986, p. 41-67.

BEAUNE (Colette) et LEQUAIN (Élodie), « Femmes et histoire en France au XVe siècle : Gabrielle de La Tour et ses contemporaines », Médiévales, 38, 2000, p. 111-136.

BOULTON (Maureen), « The Lady Speaks : The Transformation of French Courtly Poetry in the Fourteenth and Fifteenth Centuries », The Court and Cultural Diversity (Selected Papers from the Eighth Triennial Congress of the International Courtly Literature Society, The Queen’s University of Belfast, 26 July-1 August 1995), Evelyn Mullally et John Thompson eds., Cambridge, D. S. Brewer, 1997, p. 207-217.

BOULTON (Maureen), The Song in the Story : Lyric Insertions in French Narrative Fiction, 1200-1400, Philadelphia, University of Pennsylvania Press (Middle Ages Series), 1993.

BROWN-GRANT (Rosalind), Christine de Pizan and the Moral Defence of Women. Reading Beyond Gender, Cambridge, University Press, 1999.

BROWN-GRANT (Rosalind), « Les rapports de force dans la liaison amoureuse chez Christine de Pizan, Alain Chartier et Antoine de la Sale », L’Analisi Linguistica e Letteraria, 12, 2004, p. 593-611.

BROWNLEE (Kevin), « Rewriting Romance : Courtly Discourse and Auto-Citation in Christine de Pizan », Gender and Text in the Later Middle Ages, Gainesville, University Press of Florida, 1996, p. 172-194.

BROWNLEE (Kevin), « Christine de Pizan, Gender and the New Vernacular Canon », Strong Voices, Weak History. Early Women Writers and Canons in England, France and Italy, Pamela Joseph Bensen, Ann Arbor, Univ. of Michigan Press, 2005, p. 99-120.

CERQUIGLINI-TOULET (Jacqueline), « Des emplois seconds de la rime et du rythme dans la poésie française des XIVe et XVe siècles », Le Moyen Français, 29, 1991, p. 21-31.

À partir d’une réflexion sur le bégaiement dans la littérature de la fin du Moyen Âge, une analyse est proposée des rimes dites brisées ou tranchées, où « une partie du mot reste à la fin du vers pour la rime, et […] l’autre partie commence le vers suivant » (p. 24). Jacqueline Cerquiglini-Toulet relève un cas respectivement chez Richard de Fournival, dans le Roman de la rose et dans l’interpolation du Roman de Fauvel par Chaillou du Pesstain, mais « le procédé explose chez Christine de Pizan et disparaît ensuite » (p. 24). Huit exemples sont relevés dans Le Livre du duc des vrais amans, v. 168-169, 820-821, 954-955, 1072-1073, 1513-1514, 1598-1599, 2055-2056 et 2384-2385. Elle remarque que « tous les exemples apparaissent chez des auteurs qui sont des clercs » (p. 24). Si « La rime brisée met en jeu à la fois une réflexion sur la segmentation du mot et sur la question de l’enjambement et du rejet » (p. 24), elle n’apparaît pas dans les mêmes conditions et « n’est pas l’image du halètement de la douleur et de l’oppression de la parole par un chagrin trop intense » (p. 25). Elle « est un phénomène intellectuel, une expérience faite avec le sens et sa production » (p. 26) : le Duc des vrais amans souligne d’ailleurs en conclusion la difficulté technique de sa composition, « de forte forge » (v. 3563). En tant que réflexion sur le langage, elle peut avoir deux fonctions : « Elle permet de dire ce qui ne peut se dire, soit parce que cet indicible est de l’ordre de l’impensable, soit parce qu’il est du domaine de l’interdit » (p. 26). Figurer l’indicible d’abord : les coupes intervenant à l’intérieur des verbes, comme au v. 820-821 du Duc des vrais amans, où « la rime actualise le passé dans le présent ». Figurer l’interdit ensuite : les nombreuses coupes intervenant avant la dernière syllabe des adverbes en –ment (comme, dans le Duc des vrais amans, aux v. 168-169, 1072-1073, 1513-1514 et 1598-1599) permettent de mettre en doute dans leur formulation même les certitudes exprimés (certaine-ment, entiere-ment) : le mot voit surgir en son sein une forme du verbe mentir. « Il s’introduit en lui une distance, imperceptible, qui fait hésiter la voix et le sens » (p. 31). « La rime brisée témoigne d’un jeu et d’une réflexion sur l’ambiguïté. Elle permet de maintenir ensemble des affirmations opposées. Espaçant le sens, elle fragilise le discours, le traverse d’effets d’ironie, de clins d’œil citationnels, de mimes sémantiques » (p. 30).

Mots clés : vers, rime brisée, rime tronquée, enjambement

Sarah Delale

CERQUIGLINI-TOULET (Jacqueline), « L’échappée belle : stratégies d’écriture et de lecture dans la littérature de la fin du Moyen Age », Littérature, 99, 1995, p. 33-52.

Jacqueline Cerquiglini-Toulet propose de voir dans les textes littéraires des XIVe et XVe siècles l’affirmation auctoriale d’une nouvelle liberté : celle d’échapper au modèle de la conjointure pour une esthétique de la disjonction, de l’éclat, de la dispersion. Libérer le texte tout en le fixant par écrit peut sembler paradoxal. Ce serait sans compter sur la grande latitude dont disposent auteurs et lecteurs médiévaux vis-à-vis des œuvres qu’ils créent et fréquentent. En effet, à l’image du poème volé dans La Prison amoureuse de Froissart, de nombreux auteurs empruntent à d’autres et reconstituent des fragments (Jean Régnier cite Alain Chartier, par exemple). En outre, l’esthétique du discontinu peut être revendiquée : chez Villon, le motif du testament, dont le but premier est de diviser un bien en legs distincts, est accentué par le burlesque et les jeux de coq-à-l’âne, qui mettent en avant la dispersion davantage que le lien qui devrait unir le testateur aux légataires. Qu’en est-il du lecteur ? Guillaume de Machaut invite le lecteur de son Voir Dit à s’échapper à sa guise : « Et briément la response orrés, / Si la lirés quant vous volrés. » (« Vous allez entendre la réponse ; vous la lirez quand il vous plaira »). Christine de Pizan, elle, joue de l’auto-citation : elle autorise qu’on s’abstienne de relire la lettre de Sibylle qu’elle insère de nouveau dans Le Livre des trois vertus si on l’a déjà lue dans le Livre du duc des vrais amants : « Si la puet passer oultre qui veult, se au lire lui anuye ou se autre foiz l’a veue » (chapitre XXVI, éd. Charity Cannon Willard et Eric Hicks, Paris, Champion, 1989, p.109) Les copistes, enfin, prennent eux-aussi la liberté de recomposer les textes à loisir, qu’on songe à Fremin l’estourdiz, copiste fictif du Testament, ou à l’imprimeur Antoine Vérard, attaqué par Jean Bouchet pour plagiat. L’œuvre devient donc mobile en ce qu’elle comprend des morceaux formellement susceptibles d’être détachés par l’acte d’écrire, de lire ou de copier. Tous les acteurs du texte médiéval sont ainsi invités, par le texte lui-même, à « l’échappée belle » de la littérature.

Mots clés : fragment, lecteur, dispersion, Sibylle de la Tour.

Lucien Dugaz

CERQUIGLINI-TOULET (Jacqueline), « Voix et figures du lyrisme dans l’œuvre de Christine de Pizan », Contexts and Continuities…, vol. 1, p. 187-202.

CERQUIGLINI-TOULET (Jacqueline), « Echo et Sibylle, la voix féminine au Moyen-Age entre affirmation et extinction », Equinoxe, n°23, Automne 2002, Le genre de la voix, p. 81-91.

CERQUIGLINI-TOULET (Jacqueline) et JEANNERET (Michel), « Savoir, signe, sens : dialogue d’une médiéviste et d’un seiziémiste », Journal of Medieval and Renaissance Studies, 22, 1992, p. 19-39.

DAVIES (Peter V.), « “Si bas suis qu’a peine / Releveray” : Christine de Pizan’s Use of Enjambement », Christine de Pizan 2000…, p. 77-90.

Après une présentation rapide des différentes définitions de l’enjambement et de ses diverses catégories, Peter V. Davies étudie le recours à l’enjambement dans un rondeau de Christine (« Source de plour, riviere de tristece ») puis la XXXIXe ballade des Cent Balades d’amant et de dame. L’enjambement, par sa tendance à attirer l’attention sur le mot à la rime et sur celui au début du vers suivant, aurait de grandes vertus expressives et serait un outil stylistique aux effets divers. Parfois arme rhétorique cherchant à convaincre les auditeurs, parfois indice de sincérité ou de forte émotion de la part du locuteur, il peut servir à révéler la structure interne d’une pièce lyrique. Peu utilisé pour introduire le refrain, il apparaît sans règle fixe dans les ballades, parfois en crescendo au fur et à mesure des strophes, mais en disparaissant ou se multipliant surtout dans la strophe centrale.

Mots clés : enjambement, vers, lyrique

Sarah Delale

DAVIES (Peter V.), « La rime chez Christine de Pizan : quelques cas particuliers », Au Champ des escriptures…, p. 819-832.

DELALE (Sarah) et DUGAZ (Lucien), Christine de Pizan, Le livre du duc des vrais amants, Paris, Atlande, 2016.

DELSAUX (Olivier), « De l’autographie féminine comme adjuvant à l’étude des textes poétiques en moyen français », Quant l’ung amy pour l’autre veille, Mélanges de moyen français offerts à Claude Thiry, Tania Van Hemelryck et Maria Colombo Timelli eds., Turnhout, Brepols, 2008, p. 207-216.

DELSAUX (Olivier), « La publication autographe en moyen français. Enjeux d’une définition à partir du cas de Christine de Pizan. Une recherche en chantier », Le Moyen français, 63, 2008, p. 9-44.

DELALE (Sarah), « Guillaume de Lorris, contre-exemple de Jean de Meun. Christine de Pizan et le modèle littéraire du Roman de la Rose », Camenulae, 13, novembre 2015. [En ligne ici]

Après avoir condamné la deuxième partie du Roman de la rose lors de la querelle qui l’a opposée aux partisans de Jean de Meun, Christine de Pizan s’appuie, dans le Dit de la Pastoure (1403) et le Livre du Duc des vrais amants, sur le modèle littéraire de la partie Guillaume de Lorris, afin de « moraliser la narration courtoise du Roman de la rose » (p. 4). Entre le LDVA et la première partie du RR, les rapprochements ne sont pas seulement ponctuels, ils sont structurels. Comme le RR le faisait sur le mode de l’allégorie, le LDVA retrace a posteriori une histoire d’amour, où succès et échecs se succèdent, mais sans lui donner de véritable conclusion. Les échecs causés par Danger et les médisances (Malbouche) font écho au RR, tout comme la surveillance de la dame par son mari surnommé Jalousie. La lettre de Sebille de Monthault, qui exerce une influence provisoire sur la dame et joue un rôle à la fois moral et prophétique, semble faire la synthèse du discours d’Amour, dont Christine emprunte la structure en trois temps à Guillaume de Lorris, et de celui de Raison (la Tour de Raison étant notamment l’un des motifs récurrents des enluminures du RR). Le recueil final de pièces lyriques composées par les amants rejoue leur histoire en proposant une conclusion différente : la complainte de la dame qui clôt la dernière pièce est un miroir de la complainte de l’amant dans le récit, mais s’oppose à la note d’espoir sur laquelle s’achevait le récit. Puisque les vers 3506-17 présentaient la narration comme postérieure à la composition des pièces, on peut postuler l’antériorité de la plainte de la femme aux promesses d’amour éternel de l’homme, mais la dernière note de l’œuvre est négative et le lecteur est invité à choisir une fin. Le LDVA écarte la partie du Roman de la rose composée par Jean de Meun et reprend la structure inachevée du texte de Guillaume de Lorris, afin de lui conférer un sens moral et de porter un éclairage pessimiste sur l’amour : « les dits enseigneraient aux femmes à renoncer aux amours adultères en résistant aux codes littéraires et à l’identification naïve avec les personnages de la fiction courtoise. » (p. 18).

Mots clés : Roman de la rose, Guilaume de Lorris, Sebille, coda, courtoisie, double explicit.

Vanessa Obry

DEMARTINI (Dominique), « Figures du poète dans le Livre du Duc des vrais Amans de Christine de Pizan ou l’amour démasqué », Bien Dire et Bien Aprandre, 25, 2007, p. 87-104.

L’article de Dominique Demartini s’intéresse à un paradoxe : c’est à travers un subtil jeu de masques que la position réelle de Christine de Pizan sur l’amour est révélée, esquissant alors une critique de l’amour courtois. Après avoir situé le Livre du duc dans un « cycle » d’écrits portant sur l’amour, D. Demartini s’intéresse à la question du masque en tant que « stratégie énonciative » reposant sur une écriture d’aultrui sentement, avatar de l’écriture par couverture. La stratégie repose sur une multiplication des voix dont l’article propose une analyse détaillée. Mais, quand le Roman de la Rose parle covertement, à travers un dispositif allégorique, « il s’agit pour Christine de Pizan de découvrir, de mettre au jour, sous les images, la vérité des « geus d’amors » » (p. 95) : insistant alors sur les enjeux particuliers de cette mise à nu du discours courtois, l’article aborde le problème la lettre de la dame de la Tour et sa fonction prophétique, annonçant une fin « dédoublée » qui lève le voile à la fois sur les illusions amoureuses mais aussi, dans l’épilogue, sur la fabrique même de l’oeuvre.

Mots clés : voix, masque, fiction, courtoisie, sentement, déguisement, Guillaume de Lorris, dame de la Tour. 

Mathias Sieffert

DEMARTINI (Dominique), « Style et critique du discours courtois chez Christine de Pizan. Le Livre du duc des vrais amans », Effets de style au Moyen Âge, Chantal Connochie-Bourgne et Sébastien Douchet dirs., Presses Universitaires de Provence, 2012, p. 315-325.

Organisé en trois temps, l’article rend compte de ce que les critiques ont pu dire du style de Christine et de ce que Christine elle-même en dit pour illustrer finalement ce style à travers la lettre de la dame de la Tour dans le Duc des vrais amans. L’usage de l’heptasyllabe et la multiplication des enjambements dans le Duc traduiraient une volonté du discours d’aller tout droit, aux limites du vers, lequel se rapproche alors de la prose. Le style de Christine correspondrait à « une tension, au cœur de sa démarche poétique, entre la nécessité de dire et celle de se couvrir » (p. 322), entre prose et ornements du vers. La dame de la Tour prêterait voix à ce style par son discours prophétique, complexe et prolixe (p. 324) qui révèle les dangers de la fiction courtoise. Son message, ne respectant que de très loin les artes dictaminis, « traverse le moule épistolaire et le dépasse » (p. 324).

Mots clés : heptasyllabe, vers, coda, insertions lyriques, prose, courtoisie, vérité, dictamen, Sebille, dame de la Tour

Sarah Delale

DEMARTINI (Dominique), « La prophétie de Sibylle de la Tour dans Le Livre du duc des vrais amans : fin de la fiction romanesque », Christine de Pizan, La Scrittrice e la città, G. Angeli et P. Caraffi (éd.), Florence, 2013, p. 29-37.

Les modalités par lesquelles le Livre du duc propose un discours vrai sur l’amour, qui se démarque du discours courtois précédent, sont multiples. La lettre de la dame de la Tour peut d’abord être lue comme un discours prophétique, dont la réalisation prend corps dans la coda lyrique et la complainte de la dame. La prose est alors discours sans couverture, didactique, qui enseigne aux dames la vérité de l’amour. Le Duc est également le dernier dit amoureux de Christine : il cède la place à l’écriture didactique ou à l’expression lyrique (Cent Ballades d’amant et de dame et, à l’intérieur du Livre du duc, coda lyrique). La lyrique permet de dévoiler l’essence de l’amour ; à l’inverse du récit, elle exprime la vérité amoureuse qui se défait et permet de panser de ses larmes les plaies de l’amour que la prose épistolaire avait annoncées.

Mots-clés : Sebille, dame de la Tour, coda, courtoisie

Sarah Delale

DEMARTINI (Dominique), « La dame au bûcher ? La réponse d’Antoine de la Sale à Christine de Pizan », Désir n’a repos. Hommage à Danielle Bohler, études réunies par F. Bouchet et D. James-Raoul, Presses Universitaires de Bordeaux 2015, Eidôlon n°115, p. 321-335.

Problématique générale : étude des relations d’intertextualité entre le Livre du duc des vrais amants et le Jehan de Saintré d’Antoine de la Salle ; déconstruction de l’idéologie courtoise et critique du rôle éducatif des femmes envers les chevaliers; polémiques littéraires entre Christine de Pizan et un écrivain « masculin ».

Antoine de la Salle connaissait le Livre du Duc des Vrais Amants. Le roman de Jehan de Saintré a une double visée pédagogique : il veut mettre en garde les femmes contre un code courtois propice aux pièges, ainsi que les chevaliers contre la mainmise de ces dernières sur leur éducation militaire et sentimentale. S’inspirant de la lettre de Sybille de la Tour à la princesse que l’on lit dans le Livre du Duc des vrais amants, il laisse toutefois Belle Cousine chuter avant de lancer son avertissement. L’hypothèse d’une Belle Cousine qui s’inscrirait dans la continuité d ‘héroïnes christiniennes n’ayant que les pleurs pour unique issue est ici examinée sous l’angle d’une inflexion fondamentale du discours : le lyrisme christinien fait place au fabliau et à la nouvelle. Les échos, parfois inversés sinon franchement subvertis, de la matière tristannienne décelés par Dominique Demartini dans la description du comportement amoureux de Belle Cousine préparent la révélation de ses amours courtoises avec Saintré et de ses amours scandaleuses avec le religieux et appelle son jugement. La courtoisie est ici une fiction qui donne du pouvoir aux femmes et menace l’accomplissement du chevalier ; les enjeux de ses motifs traditionnels sont inversés. Le roman a donc une fonction polémique, qui attaque indirectement une Christine de Pizan ayant écrit un Livre des faits d’armes et de chevalerie.

Mots-clés : Antoine de la Sale ; dame de la Tour ; réception ; courtoisie ; lettres

Pierre Levron

DEMARTINI (Dominique), « Des or est mout changiez li vers. Fictions du vers et de la prose dans le Livre du duc des vrais amants de Christine de Pizan », « Plus agréable a lire en prose que en rime ? ». Vers et prose en Moyen Français, Le Moyen Français, vol. 76-77 (2015), p. 59-82.

DEMARTINI (Dominique), « Quant j’ouÿ la voix courir ». Mesdire dans Le Livre du duc des vrais amants de Christine de Pizan, Actes du Ve colloque de l’A.I.E.M.F, « Aimer, haïr, menacer, flatter…en moyen français, Helsinki, 9, 10 et 11 juin 2014, Paris, Champion (à paraître), p. 56-62.

DULAC (Liliane), « Christine de Pisan et le malheur des “vrais amans” », Mélanges de langue et littérature offerts à Pierre Le Gentil, Paris, SEDES, 1973, p. 223-233.

L’article, une des premières publications critiques sur le texte, propose une lecture de la diégèse, insistant sur l’idée qu’il s’agit d’un récit de jeunesse dans lequel Christine ne peut souscrire aux dangers que représente l’amour pour la dame. L’insistance du texte sur la maladie d’amour, sa construction de deux images successives de la dame avant et après la première rencontre amoureuse (l’idéalisation et la grandeur généreuse faisant place à la déchéance d’une souffrance amoureuse) aboutissent à la lettre de Sebille. Pour Liliane Dulac, la dramatisation de cette lettre est plus forte dans le Duc que lorsqu’elle est réinsérée dans Le Livre des trois vertus : le réalisme du second ouvrage affaiblirait la puissance de l’exhortation. La lettre de Sebille « annonce la dislocation du récit » (p. 232). La complainte de la dame s’organise autour de la reprise dans chaque strophe du mot cuer.

Mots clés : courtoisie, maladie amoureuse, complainte, Sebille, dame de la Tour

Sarah Delale

DULAC (Liliane), « The Representation and Functions of Feminine Speech in Christine de Pizan’s Livre des Trois Vertus », Reinterpreting Christine de Pizan…, p. 13-22.

Cet article, portant sur le rôle du discours dans le Livre des trois vertus, consacre quelques développements à la lettre de la dame de la Tour telle qu’elle est réinséré dans cet ouvrage (en particulier p. 20). L’importance du discours dans les Trois Vertus est autant lié au pouvoir que le langage a sur les femmes (à travers le renom et la médisance) qu’à l’exercice qu’il suppose chez les femmes de pouvoir (qui doivent s’adresser à ceux qu’elles commandent). Les Trois Vertus témoignent ainsi d’un discours qui joue autant sur l’enseignement que sur la persuasion. La dame de la Tour essaie d’atteindre son ancienne protégée par le sentiment et montre pour elle du respect, de l’amour et de la pitié. Cette gouvernante est par sa fonction un miroir de l’auteur, puisqu’elle instruit les femmes en utilisant un langage traversé par l’émotion.

Mots clés : Sebille, dame de la Tour, langage, discours, médisance

Sarah Delale

DULAC (Liliane), « Bon et mauvais langage : la parole multipliée chez Christine de Pizan », Cahiers de recherches médiévales [En ligne], 6 | 1999, mis en ligne le 11 janvier 2007. URL : http://crm.revues.org/934 ; DOI : 10.4000/crm.934

En distinguant deux massifs dans la production christinienne, Liliane Dulac étudie le motif de la médisance dans les œuvres poétiques, notamment dans la lettre de Sibylle de la Tour, comme atteinte à l’intégrité des femmes auxquelles la rumeur des losengiers prête volontiers d’indus commerces intimes, et d’autre part dans les œuvres didactiques, comme nuisible au bon fonctionnement du corps politique. Dans les deux cas, le lexique de l’auteure atteste d’une réflexion sur les enjeux théologiques de la diffamation comme péché, avec des nuances entre « diffame » et « murmure » par exemple. Parce qu’elle cherche à lutter contre ce mal du siècle, Christine de Pizan détourne, par son écriture, ces rumeurs en parole vraie qui puisse garantir la renommée de ses textes. Bavardages, mensonges, jactances, rumeurs, moqueries et médisances sont autant de modalités d’une parole divagante dont le contrôle par les princes et les princesses est un instrument de pouvoir, et de laquelle les dames doivent être protégées, pour garantir leur honneur.

Mots clés : polyphonie, parole, Sibylle, vérité.

Lucien Dugaz

DULAC (Liliane), « La gestuelle chez Christine de Pizan : quelques aperçus », Au champ des escriptures…, p. 609-626.

ECHTERMANN (Andrea) et NAGEL (Sylvia), « Recuperating the Polyphony of Women’s Speech : Dialogue and Discourse in the Works of Christine de Pizan », Au Champ des escriptures…, p. 493-515.

FENSTER (Thelma), « La Fama, la femme, et la Dame de la Tour : Christine de Pizan et la médisance », Au Champ des escriptures…, p. 461-477.

L’article se concentre sur la question de l’honneur féminin dans le contexte historique du Duc des vrais amans et sur le traitement réservé par Christine à la fama, en tant que rumeur et réputation. Dans une première partie, la critique donne un aperçu historique du traitement de la renommée dans le contexte judiciaire médiéval : on est jugé non par des preuves, mais à sa renommée (non pour vol mais « comme larron », p. 465). De ce fait, la réputation féminine est soumise au regard public d’une société plus solidaire qu’aujourd’hui (p. 466) et au voyeurisme des voisins. Dans les parties suivantes, le traitement littéraire de la question dans Le Dit de la rose, Le Dit de la pastoure et Le Livre du duc des vrais amans est pensé dans la continuité de ce contexte historique. L’amour détourne la femme de sa fonction et de son rôle social ; elle doit maintenir sa réputation comme un joyau précieux (l’expression est de Sebille, la dame de la Tour), comme un bijou qui fera la publicité de son honneur. Quant au dispositif du Duc, il montre par son prologue la réticence de Christine ; en effet, l’écriture du livre peut équivaloir à parler de la princesse, et donc à faire possiblement œuvre de médisance (p. 477).

Mots clés : dame de la Tour, Sebille, médisance, honneur

Sarah Delale

GIBBONS (Mary Weitzel), « Christine’s Mirror : Self in Word and Image », Contexts and Continuities…, vol. 2, p. 367-396.

HINDMAN (Sandra) et PERKINSON (Stephen), « Insurgent Voices : Illuminated Versions of Chritine de Pizan’s Le Livre du Duc des vrais amans », The City of Scholars…, p. 221-231.

L’étude des miniatures dans les manuscrits du Duc permet de penser leur présence comme un dispositif de réécriture du genre courtois (du romance, p. 222). Les interventions du narrateur, outre le prologue et l’épilogue, peuvent être identifiées dans les rubriques, notamment celle qui précède la dernière miniature et celles qui rythme le dialogue entre le duc et la dame lors de leur premier rendez-vous amoureux. De la même manière, les miniatures fonctionnent comme des gloses du texte dont elles renforcent la signification (p 225). La première insiste sur la distinction entre les deux voix de Christine et du duc (renforcée par les deux rubriques au début et à la fin du prologue) ; elle participe au dispositif auctorial complexe du texte, se démarquant des récits où narrateur et personnages s’identifient (c’est le cas des miniatures initiales du Roman de la rose). La seconde miniature et sa partie de chasse renvoie à l’univers du dit courtois, par exemple au Voir Dit ; la troisième, celle des amants dans le verger, renvoie directement aux illustrations de Narcisse à la fontaine et du verger de Deduit dans le Roman de la rose. La quatrième (le tournoi) et la sixième (l’amant alité) font également partie d’un fonds littéraire courtois. La cinquième (le départ de la dame) est un thème moins courant, peut-être lié à la répartition des miniatures dans l’œuvre. Le cycle de miniatures, concentré dans le premier tiers du texte, coupe le récit en deux parties. Plusieurs interprétations peuvent expliquer ce fait : la volonté de Christine de ne pas illustrer l’amour partagé des amants, ou bien le jeu intertextuel avec la bipartition du Roman de la rose (la partie illustrée du Duc reprenant la structure de la partie Guillaume de Lorris). L’absence relative de Fortune dans le Duc, par comparaison avec le Voir Dit où elle est illustrée à la fin du texte, viendrait de la nécessité pour les femmes de prendre toute la responsabilité de leurs actions en matière d’amour.

Mots clés : enluminures, miniatures, images, Roman de la rose, courtoisie, Fortune

Sarah Delale

HUOT (Sylvia), « Confronting Misogyny : Christine de Pizan and the Roman de la Rose », Renate Blumenfeld-Kosinski, Kevin Brownlee, Mary Speer, Lori Walters eds., Translatio Studii. Essays by His Students in Honor of Karl D. Uitti for His Sixty-Fifth Birthday, Amsterdam et Atlanta, 2000, p. 169-87.

JOHNSON (Leonard), Poets as Players : Theme and Variation in Late Medieval French Poetry, Stanford, Stanford University Press, 1990.

JAEGER (C. Stephen), Ennobling Love : In Search of a Lost Sensibility, Philadelphia, University of Pennsylvania Press (Middle Ages Series), 1999.

KELLY (Allison), « Christine de Pizan and Antoine de la Sale : The Dangers of Love in Theory and Fiction », Reinterpreting Christine de Pizan…, p. 173-186.

L’article explore l’hypothèse qu’Antoine de la Sale ait eu connaissance de la lettre de la dame de la Tour, et s’en soit inspiré dans Le Petit Jehan de Saintré. La parenté des personnages, et surtout le développement d’Antoine à partir du proverbe qui apparaît dans la lettre (« car feu n’est point sans fumee, mais fumee est souvent sans feu »), laissent supposer une telle filiation. Mais c’est probablement dans un exemplaire du Livre des trois Vertus, très diffusées au quinzième siècle, plutôt que dans une copie du Livre du duc des vrais amans, que le poète aurait lu la lettre de Sebille.

Mots clés : Sebille, dame de la Tour, réception, Antoine de la Sale

Sarah Delale

KELLY (Douglas), Christine de Pizan’s Changing Opinion : A Quest for Certainty in the Midst of Chaos, Cambridge, Brewer, 2007 (chap. 4 : “Love, Reason, and Debatable Opinion”, p. 107-141).

KOBAYASHI (Noriko), « La dernière étape de l’enluminure des œuvres de Christine de Pizan », Art de l’enluminure, 18, 2006, p. 2-65.

Le manuscrit des Œuvres de Christine de Pizan destiné à Isabeau de Bavière (Londres, ms. Harley 4431) est un manuscrit hétérogène qui a été rédigé et illustré en plusieurs campagnes. Les enluminures ont été réalisées à l’apogée de l’enluminure parisienne, dans les ateliers du Maître de la Cité des Dames et du Maître de Bedford. Noriko Kobayashi consacre cet article aux enluminures de 12 feuillets (ff. 3, 4, 51, 81, 143, 144, 150, 153, 154, 221, 376) qui constituent selon lui la dernière étape de l’illustration du manuscrit. L’enjeu de l’article est de montrer que ces miniatures, souvent négligées car attribuées aux assistants du Maître de la Cité des Dames marquent l’avant-garde de l’enluminure parisienne et que les innovations stylistiques traduisent la collaboration entre l’auteur et les peintres.

Une présentation générale s’attache au contexte de production de ce recueil : la dédicataire, les enlumineurs parisiens, le rôle de Christine de Pisan dans la copie et l’illustration de ses œuvres (pp. 2-41), Noriko Kobayashi décrit le manuscrit et analyse les douze illustrations retenues, en les comparant avec le recueil formé par les manuscrits Français 835 et 836 de la Bibliothèque nationale de France (pp. 40-65). L’artiste chargé de l’illustration du Livre du Duc des vrais amants (ff. 143, 144, 150, 153, 154/ pp. 50-61) a innové dans la veine réaliste et intimiste et dans l’interprétation psychologique du texte.

Mots clés : enluminures, miniatures

Delphine Mercuzot

KOSTA-THÉFAINE (Jean-François), « Les Virelais de Christine de Pizan », Le Moyen Français, 48, 2001, p. 123-145.

KOSTA-THÉFAINE (Jean-François), « De la continuité à l’innovation. Le Livre Messire Ode d’Othon de Grandson et le Livre du duc des vrais amans de Christine de Pizan », Cahiers de recherches médiévales, 11, 2004, p. 239-251. [En ligne ici]

Le Livre de Messire Ode d’Othon de Grandson et le Livre du duc des vrais amans paraissent réutiliser un même modèle narratif : celui du Livre du voir dit de Guillaume de Machaut. J.-F. Kosta-Théfaine met en évidence les effets de continuité et d’innovation par rapport à ce modèle. Il s’intéresse aussi aux ressemblances et aux ruptures entre les deux textes, d’abord dans leur structure narrative, puis dans leurs thématiques et enfin dans leur traitement des lettres et des pièces lyriques insérées. Si la structure narrative du Livre de Messire Ode paraît plus complexe, celle du Duc contient plus d’insertions ; les deux textes se terminent sur une succession de pièces lyriques. Les thématiques (celles du livre écrit à partir de l’amour, de la souffrance de l’amant) sont semblables et très souvent conformes à l’héritage littéraire. Quant aux insertions, elles font ressortir dans le Duc un langage plus archétypal que dans le livre d’Othon de Grandson, les deux ouvrages alternant de la même manière l’expression d’une douleur réelle et d’une joie illusoire.

Mots clés : insertions lyriques, coda, lettres, épistolaire, courtoisie, Othon de Grandson, Guillaume de Machaut

Sarah Delale

KRUEGER (Roberta), Women Readers and the Ideology of Gender in Old French Verse Romance, chap. 8, « A Woman’s response: Christine de Pizan’s Le Livre du Duc des Vrais Amans and the limits of romance », Cambridge, Cambridge University Press, 1993.

Ce dernier chapitre d’un ouvrage consacré aux femmes lectrices et à la question du genre dans la littérature médiévale propose un exemple de discours auctorial féminin sur le roman en vers, les précédents chapitres portant sur des personnages de lectrices vues à travers le prisme d’un auteur masculin. Si le chapitre lit le Duc à travers un prisme romanesque, la définition du roman qu’il implique est plus thématique que formelle, le romance apparaissant avant tout comme un récit courtois. Le Duc, en reprenant les conventions du récit amoureux pour en déconstruire les stratégies de séduction (p. 218), met en garde contre le danger que représente pour les femmes la lecture de la littérature amoureuse, telle qu’elle est codifiée par la courtoisie. Après quelques réflexions sur le rapport de Christine et des moralistes au roman (p. 218-223), le chapitre se concentre sur la construction du Duc, en suivant linéairement le déroulement de la narration. Le texte est envisagé dans la continuité des Epistres sus le Rommant de la rose comme moralisation du récit courtois. Il constitue un méta-roman écrit par un lecteur critique féminin (p. 227). Le prologue et son jeu entre auteur et commanditaire permet à l’auteur de se distancier de sa matière et d’adopte face à elle un point de vue ironique (p. 227-228). Christine s’intéresse au décentrement (displacement) de la femme aimée à l’intérieur du discours courtois, par un jeu intertextuel avec le Roman de la rose (p. 229) et par le recours à la polyphonie et l’intrusion de voix féminine dans le récit masculin (p. 230). L’impossible coexistence de l’honneur et de l’amour (p. 231) rend nécessaire la prise de parole de Sebille (p. 232-233). Le discours de celle-ci ne peut être lu comme féministe, même s’il replace la femme au centre de la fiction amoureuse (p. 234), puisqu’il n’extrait pas la femme d’un système social patriarcal, ce qui aurait été inenvisageable à l’époque de composition du texte (p. 235-238). L’épilogue, attirant l’attention sur la forme et non le fond, le double explicit et la complainte de la dame qui sert de confirmation à la structure narrative du dit signalent tous une critique implicite du genre romanesque, l’auteur cherchant à condamner la duplicité du discours courtois (p. 243). Comme la complainte finale, le texte apparaît bien comme un droit de réponse féminine à ce discours.

Mots clés : Sebille, dame de la Tour, courtoisie, polyphonie, heptasyllabe, coda, complainte, maladie amoureuse, Roman de la rose, épilogue, double explicit

Sarah Delale

LAIDLAW (James C.), « L’unité des Cent balades », The City of Scholars…, p. 97-106.

LAIDLAW (James C.), « Les virelais de Christine de Pizan », Sur le Chemin de longue étude…, p. 111-125.

L’étude des virelais de Christine, autant dans la section des manuscrits en recueil consacrée à cette forme que dans les dits qui contiennent des insertions lyriques, donne lieu à un développement sur les trois virelais de la coda lyrique dans le Livre du duc des vrais amans, p. 123-124. J. Laidlaw insiste sur la supériorité du troisième virelai sur le second, la structure hétérométrique et les rimes riches, les enjambements et les césures inattendues ayant peut-être pour but de représenter la sincérité du sentiment féminin face à celui des hommes qui « chantent faux » (p. 124).

Mots clés : enjambement, hétérométrie, courtoisie, sentement, lyrique, insertions lyriques, coda

Sarah Delale

LAIDLAW (James C.), « Maurice Roy (1856-1932) », Christine de Pizan 2000…, p. 233-250.

LAIDLAW (James C.), « Les Cent Balades d’Amant et de Dame de Christine de Pizan », L’Analisi Linguistica e Letteraria, 8, 2000, p. 49-63.

LAIDLAW (James C.), « Christine’s Lays — Does Practice Make Perfect ? », Contexts and Continuities…, vol. 2, p. 467-481.

LAIDLAW (James C.), « Christine de Pizan’s Rondeaux : a Virtuoso Performance », L’Offrande du Cœur, Medieval and Early Modern Studies in Honour of Glynnis Cropp, Margaret Burrell et Judith Grant eds., Christchurch, Canterbury University Press, 2004, p. 30-44.

LAIRD (Judith) et RICHARDS (Earl Jeffrey), « Tous parlent par une mesmes bouche : Lyrical Outbursts, Prosaic Remedies, and Voice in Christine de Pizan’s Livre du duc des vrais amans », Christine de Pizan and Medieval French Lyric…, p. 103-131.

Le Duc des vrais amans met en question la notion de « voix », puisqu’il fait entendre les voix de plusieurs personnages, à travers des dialogues et les insertions lyriques. Plutôt que de relayer une seule voix masculine, qui représenterait le discours amoureux déceptif, face à une seule voix féminine, le Duc est profondément dialogique et dialectique : il met en scène une multiplicité de voix qui confrontent des points de vue opposés. L’essentiel des dialogues se joue entre la dame, le duc, le cousin et Sebille. L’article étudie la confrontation de ces points de vue. La topique du fond romanesque et courtois est confrontée à la lettre de Sebille. Le recours aux métaphores courtoises ou leur absence, le style de la prose des amants et celui, lettré, de Sebille mettent en opposition deux visions du réel : d’une part, une lecture naïve de l’amour, d’autre part un regard réflexif sur le prisme courtois. On trouvera d’intéressantes analyses de la question de l’enfance du duc, des métaphores et topiques courtoises, du glissement de destinataire de la lettre de Sebille (de la dame à toutes les dames). Cet article contient de longs développements sur le couplet d’octosyllabes à rimes plates dont il ne faut pas tenir compte, dans la mesure où ils sont issus d’une confusion (le Duc étant composé en heptasyllabes).

Mots clés : insertions lyriques, coda, dialogue, langage, courtoisie, polyphonie, Sebille, dame de la Tour, prose, vers

Sarah Delale

LECHAT (Didier), « La place du sentement dans l’expérience lyrique aux XIVe et XVe siècles », Perspectives Médiévales, supplément au n° 28 (L’expérience lyrique au Moyen Âge, actes du colloque tenu les 26 et 27 septembre 2002 à l’École Normale Supérieure de Lettres et Sciences Humaines de Lyon), 2002, p. 193-207.

L’article part du constat que le terme d’experience est relativement rare à la fin du Moyen Âge. Etudiant l’une de ses occurrences dans le Voir Dit, Didier Lechat montre sa proximité avec le substantif sentement, qui constitue une notion essentielle dans la littérature des XIVe et XVe siècles. Le terme désigne les « dispositions affectives » propices au geste de création, mais aussi la « matière poétique » elle-même, le sentiment amoureux. (p. 194) L’article propose une traversée des différents sens du mot en s’appuyant sur plusieurs genres et plusieurs auteurs, en particulier Guillaume de Machaut, Jean Froissart et Christine de Pizan. L’expression « joli sentement » dans le Prologue de Machaut semble renvoyer au « processus de transformation ou de sublimation poétique » (p. 196), mais souvent sentement désigne aussi le sentiment amoureux tourné vers un objet unique. Cet objet éveille sentiments et sensations. Comme le signale Didier Lechat, le mot sentement doit de ce point de vue être rapproché du verbe sentir. On peut toutefois écrire d’après le sentement d’un tiers (comme dans la Prison amoureuse de Froissart ou le Livre du duc) : écrire d’autrui sentement. Dans la deuxième partie de l’article, Didier Lechat s’intéresse à l’acception plus intellectuelle du mot : sentement renvoie alors à une faculté de l’esprit. « Le verbe « sentir » peut signifier « percevoir par l’intelligence » » (p. 203) signale l’auteur. Aussi faut-il être attentif à ne pas opposer de façon caricaturale « sentement » et « entendement », car « éprouver subjectivement « l’amoureux sentement », ou du moins être en mesure de le ressusciter en soi, est une condition qui assure la pleine possession de ses moyens littéraires » (p. 204). L’article s’achève sur une réflexion sur les liens qu’entretiennent l’idée de sentement et celle de sincérité littéraire. En réalité, le terme n’est-il pas un gage d’authenticité ? « La réalité du sentiment, sa sincérité même, sont comme un poinçon, le signe de reconnaissance d’une perfection lyrique, d’un chant qui n’est pas contrefait » (p. 207)

Mots clés : sentement, lyrique, prologue, poète, Machaut, Froissart

Mathias Sieffert

LECHAT (Didier), « Discorde ou concorde des langages masculins et féminins dans Le Livre du duc des vrais amans de Christine de Pizan ? », Textuel, 49 (actes du colloque « La discorde des deux langages : Représentation des discours masculins et féminins du Moyen Âge à l’Âge classique », Université Paris 7-Denis Diderot, 13-14 mai 2005, Chantal Liaroutzos et Anne Paupert éds.), 2006, p. 53-71.

L’écriture du Duc se fait d’autrui sentement, mais cette écriture sur commande est marquée par un soulignement du travail esthétique du texte. Pour Christine, le livre pourrait alors être un laboratoire, un art poétique, tout autant que son intertexte (Le Voir Dit et la Prison amoureuse). La narration devient une toile de fond sur laquelle se développe une polyphonie aux formes diverses : dialogue, échange épistolaire, expression lyrique (p. 62). Le cœur de l’article s’intéresse à la différence de traitement lyrique entre voix féminine et masculine et essaie de rapprocher le Duc d’un art poétique. Le Duc semble globalement favoriser la prouesse poétique et la voix féminine, qui innove plus que la voix masculine. C’est la dame qui initie certains moules lyriques repris en écho par l’amant, à l’inverse du Voir Dit ; seule la dame s’essaie à la complainte, forme la plus complexe des pièces lyriques du Duc. La difficulté d’écrire d’autrui sentement ne serait ainsi qu’une pose d’auteur, la moindre inventivité de l’amant mettant « en évidence l’essoufflement de conventions de la fin’amor, langage masculin devenu creux » (p. 68). L’article joint des tableaux de classement des insertions lyriques proches de ceux présents dans l’édition parue entretemps, les seconds étant évidemment les plus récents.

Mots clés : insertions lyriques, coda, complainte, lyrique, Guillaume de Machaut, polyphonie, langage, courtoisie

Sarah Delale

LECHAT (Didier), « Ce que se vêtir veut dire dans Le Livre du duc des vrais amants », Voir l’habit, Discours et images du vêtement du Moyen Âge au XVIIe siècle, Danièle Duport et Pascale Mounier éds., Berne, Peter Lang, 2015, p. 155-167.

Le LDVA présente d’abondantes notations vestimentaires qui contribuent à une critique des usages et de l’apparat courtois. Alors que le duc est de retour chez lui après la première rencontre de la dame, il pense à la stratégie à déployer pour plaire, et en particulier à sa toilette (v. 512-523) : l’usage du vêtement s’inscrit dans le savoir vivre courtois tel qu’il a été codifié par le Roman de la Rose (Guilluame de Lorris, v. 2131 sq.). L’attention au vêtement revient lors du récit du tournoi : l’habit y possède d’une fonction sociale, il permet de se montrer digne de son rang. Dans le passage consacré aux joutes, les notations de couleurs sont nombreuses mais, contrairement aux romans de la fin du XIVe et du XVe siècles, qui se plaisent à décrire les armoiries lors des récits de tournois, livrant ainsi des indices sur l’identité des participantes, les signes du LDVA sont indéchiffrables. Le procédé répond certes à la commande du duc, qui ne souhaite pas que son identité soit dévoilée, mais il met surtout en évidence la vacuité des usages mondains : le système de signes en vigueur dans la société courtoise tourne à vide. L’autre épisode lors duquel le vêtement joue un rôle central est le rendez-vous auquel le duc doit se rendre déguisé en valet. Le changement de vêtements, sur l’injonction de la dame, aboutit à une dégradation du statut du personnage masculin ; il redistribue les rôles et permet à la dame de fixer la conduite à tenir. Enfin, la lettre de Sibylle de la Tour apporte une dernière pièce à cette critique de l’élégance courtoise : la coquetterie est compromettante pour une princesse, qui doit préférer la décence et la réserve.

mots clés : courtoisie, dame de la tour, vêtement

Vanessa Obry

LECHAT (Didier), « Christine de Pizan et ses doubles dans le texte et les enluminures du Livre du duc des vrais amants (BnF fr. 836 et BL Harley 4431) », Sens, Rhétorique et Musique, Études réunies en hommage à Jacqueline Cerquiglini-Toulet par Sophie Albert, Mireille Demaules, Estelle Doudet, Sylvie Lefèvre, Christopher Lucken et Agathe Sultan, Paris, Champion, 2015, p. 689-702.

En étudiant le cycle de six miniatures du Livre du duc dans les deux manuscrits originaux de Christine de Pizan, D. Lechat s’intéresse à la présence diffuse de Christine à l’intérieur de la narration du Duc ainsi qu’au rapport que l’auteur entretient avec les personnages du duc et de la dame, qui sont aussi les futurs lecteurs du texte. Le miniaturiste ayant réalisé les images du Manuscrit du Duc (BnF, fr. 836, manuscrit de base de l’édition) est moins fidèle au détail du texte que celui ayant travaillé dans le Manuscrit de la Reine (BL, Harley 4431), mais ses miniatures rejoignent en même temps des modèles iconographiques stéréotypés. Dans leur mise en page, les miniatures entretiennent un lien fort avec les insertions lyriques sur les folios où elles apparaissent (f. 65r, 74v et 76v du Manuscrit du Duc) ; la première et la dernière miniatures sont les seules à être accompagnées d’une rubrique, ce qui rapproche le duc de la figure auctoriale de Christine. Les miniatures sont réparties dans le premier tiers du texte seulement mais semblent refléter dans leur mise en série la structure du texte entier (union, puis séparation des amants dans la dernière image). Enfin, le Manuscrit de la Reine contient un certain nombre de personnages féminins pourvus d’une coiffe à cornettes qui font écho à la représentation de Christine dans ce manuscrit. Il semble que l’auteur apparaisse diffusément là où on ne l’attend pas, alors même que les personnages présentés comme réels sont impossibles à identifier à partir de l’iconographie. Le seul signe déchiffrable des miniatures renvoie donc à l’auteur, dont l’importance est rehaussée dans la miniature initiale du Manuscrit de la Reine par la transposition de la scène au domicile de Christine.

Mots clés : enluminures, miniatures, images, prologue, auteur

Sarah Delale

LECHAT (Didier), « Communication poétique et émotions chez Christine de Pizan et Alain Chartier, les relations asymétriques du poète et de ses lecteurs », Un territoire à géographie variable : la communication littéraire au temps de Charles VI, Delphine Burghraeve et Jean-Claude Mühlethaler dirs., Paris, Garnier, à paraître en 2016.

LEFÈVRE (Sylvie), « Le Poète ou la Pastoure », Revue des Langues Romanes, 92, 1988, p. 343-358.

Le Dit de la Pastoure (1403), est un récit en heptasyllabes à insertions lyriques, narrant le désespoir d’une bergère perdant le bonheur pour un chevalier disparu qu’elle avait attiré par son chant. Ce texte est celui des désertions : celle de ce chevalier, qui part sans revenir, celle, autobiographique, du mari de Christine de Pizan, Etienne Castel, disparu quatorze ans plus tôt, celle aussi du chant qui se tait peu à peu. Le dit commence au mois de mai, mois topique de la reverdie médiévale, renversé ici comme date d’anniversaire du veuvage de Christine de Pizan. La bergère relaie, après le prologue de cette dernière, le deuil du je qui pleure le départ. L’ensemble des insertions lyriques du dit est un long decrescendo : après les chansons de bergers en jargon et les bergerettes chantées par la pastoure devant un public, la bergère-cantatrice chante des ballades, graves et plaintives, marque de sa solitude. Aussi tost qu’a estrangier / Je pris bergiere et bergier / Et je me tins solitaire (v.1807-1809). Le dit s’achève en sourdine, après un long silence, avec une prière. Cette remarquable composition est renforcée par le réemploi de certaines pièces, déjà composées par Christine de Pizan en amont de la Pastoure. Contrairement au Duc des vrais amants, où les insertions sont neuves, comme si ses protagonistes étaient en mesure, eux, de composer eux-mêmes leurs textes, dans la Pastoure la détresse de la bergère est dite en filigrane par cette incapacité à chanter d’elle-même. De la poétesse à la pastoure, c’est la première qui finalement survit. Elle trouve la force de faire ce dittié en rimes, A mon pouoir leonimes (v.15-16), force qu’elle trouve aussi dans le Duc (v.3561). « De la mort du chant s’est nourri le livre ; de la douleur de l’aventure sourd le plaisir du texte ».

Mots clés : insertions lyriques, chant, Dit de la Pastoure, veuvage.

Lucien Dugaz

MARGOLIS (Nadia), An Introduction to Christine de Pizan, Gainesville, University Press of Florida, 2011.

McGRADY (Deborah), « What is a Patron ? Benefactors and Authorship in Harley 4431, Christine de Pizan’s Collected Works », Christine de Pizan and the Categories of Difference, Marillyn Desmond ed., Minneapolis, University of Minnesota Press, 1998, p. 195-214.

McGRADY (Deborah), « Authorship and Audience in the Prologues to Christine de Pizan’s Commissioned Poetry », Au Champ des escriptures…, p. 25-40.

PARUSSA (Gabriella) « Le bel stille de leur mettres et proses ». Caractéristiques et modèles de l’écriture christinienne », Sens, Rhétorique et Musique, Études réunies en hommage à Jacqueline Cerquiglini-Toulet par Sophie Albert, Mireille Demaules, Estelle Doudet, Sylvie Lefèvre, Christopher Lucken et Agathe Sultan, Paris, Champion, 2015, p. 751-767.

Problématique : importance de l’étude de la langue pour l’étude littéraire de l’oeuvre christinienne ; dégager les caractéristiques essentielles de la prose et du vers d’après un corpus homogène d’un point de vue temporel .

Les recherches de Jacqueline Cerquiglini-Toulet ont révélé l’oeuvre et le style de Christine de Pizan. Le but de Gabriella Parussa est à la limite de la littérature et de la linguistique ; elle veut souligner le besoin d’une étude précise de la langue à une époque où les écrivains maîtrisent une langue littéraire de plus en plus complexe. L’enjeu est la distinction entre le vers et la prose dans un ensemble de textes écrits par Christine de Pizan entre 1400 et 1405, alors qu’il n’y a pas chez elle de vraie réflexion sur ces modes d’écriture. L’article intègre le Livre du duc des vrais amants dans son corpus ; c’est l’un des deux prosimètres étudiés. Le vers octosyllabique christinien est une unité minimale qui permet de construire des phrases en propositions selon la coordination ou l’hypotaxe. La poétesse aime toutefois placer la rime en des endroits inattendus, séparant par exemple un auxiliaire et un participe passé aux vers 906 et 907 du Livre du duc des vrais amants. La pause correspond à un surplus de sens ; le syntagme la main à la rime renvoie aussi bien à « la main » qu’au fait de « mener quelqu’un » comme l’attestent les vers 1221 et 1222 du même ouvrage, ou l’on observe aussi la tmèse, rime qui brise un mot en deux morceaux. Elle pourrait découler de la sensibilité de Christine de Pizan à la brisure du discours créée par une structure versifiée et par une probable influence de la poésie italienne. La prosodie se distingue quant à elle par sa faculté à être modifiée en bouleversant parfois la syntaxe. Le vers 841 du Livre du duc des vrais amants scinde ainsi une locution conjonctive en deux. La poétesse connaît le latin et deux langues romanes ; elle peut être plus à l’aise dans les jeux sur les sonorités et dans la transformation de la langue « naturelle » qu’un certain nombre de ses contemporains. Comment aménager des pauses dans la « voie pleniere »-selon Brunetto Latini-qu’est la prose ? Les tableaux comportant les occurrences des connecteurs logiques dans le corpus étudié permettent de recenser ceux dont le Livre du duc des vrais amants fait usage. La prose présente un plus grand degré de structuration syntaxique ; les joncteurs et disjoncteurs marquent toujours les articulations de l’énoncé et assurent les relations entre ses éléments, les connecteurs étant quant à eux plus nombreux et plus variés. La différence entre un vers-brisure et une prose à longues lignes n’incite pourtant pas à relier le premier à l’oralité et la seconde à l’écrit sans recherches approfondies…

Mots-clés : vers ; rime brisée ; rime tronquée ; hétérométrie ; enjambement ; prose 

Pierre Levron

PAUPERT (Anne), « Le “je” lyrique féminin dans l’œuvre poétique de Christine de Pizan », « Et c’est la fin pour quoy sommes ensemble » (Mélanges Jean Dufournet), Jean-Claude Aubailly, Emmanuèle Baumgartner, Francis Dubost, Liliane Dulac et Marcel Faure éds, Paris, Champion, 1993, t. 3, p. 1057-1071.

L’article étudie les relations entre les différents Je féminins dans l’œuvre de Christine de Pizan. La diversité de ces Je représentés dans le LDVA s’inscrit ainsi dans un ensemble plus divers encore. Si la présence d’un Je féminin constitue, en soit, l’introduction d’une distorsion dans les schémas conventionnels, le travail d’A. Paupert montre que le renouvellement du lyrisme par Christine de Pizan s’inscrit aussi dans la continuation de la lyrique féminine des siècles précédents, notamment de ce que Pierre Bec appelle les « chansons de femmes ».

mots clés : courtoisie, lyrique

Vanessa Obry

PICHERIT (Jean-Louis), « Les références pathologiques et thérapeutiques dans l’œuvre de Christine de Pizan », Une femme de lettres au Moyen Age : études autour de Christine de Pizan, Liliane Dulac et Bernard Ribémont éds., Orléans, Paradigme, 1995, p. 233-244.

Consacré aux références métaphoriques à la médecine dans l’œuvre de Christine, cet article contient quelques pages sur le motif de la maladie amoureuse en contexte courtois, p. 233-235. Le traitement réservé par Christine à ce réseau métaphorique perpétue la tradition de la fin’amor telle qu’elle est reprise dans la poésie de Guillaume de Machaut. Contrairement à ce dernier, Christine en fait cependant un usage bref, conventionnel et peu varié.

Mots clés : maladie amoureuse, courtoisie, Guillaume de Machaut

Sarah Delale

QUEREUIL (Michel), « Le lexique des œuvres de Christine de Pizan », Au Champ des escriptures…, p. 833-843.

RICHARDS (Earl Jeffrey), « “Seulette a part” — The “Little Woman on the Sidelines” Takes Up Her Pen : The Letters of Christine de Pizan », Dear Sister : Medieval Women and the Epistolary Genre, Karen Cherewatuk et Ulrike Wiethaus eds., Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 1993, p. 139-170.

Dans cet article consacré aux lettres de Christine de Pizan, quelques pages (p. 159-162) portent sur la lettre de la dame de la Tour, telle qu’elle est reprise dans Le Livre des trois vertus. La structure de cette lettre semble bien suivre, en cinq paragraphes, les cinq parties de l’ars dictaminis : salutatio, beniuolentie captatio, narratio, petitio, conclusio. La parole féminine se déploierait donc chez Christine dans la maîtrise de la forme épistolaire. Les analyses du critique, intéressantes, doivent pourtant être nuancées par un examen des manuscrits originaux ; la division de la lettre en cinq paragraphes à laquelle il est fait allusion étant le fait des éditeurs modernes du texte des Trois vertus. La lettre ne contient aucun pied-de-mouche interne dans les deux copies du Duc des vrais amans, et moins de cinq pieds-de-mouche dans les copies originales des Trois Vertus (Paris, BnF, nafr. 25636 et Boston, Public Library, fr. Med. 101), lesquels mettent l’accent sur le contenu moral d’un passage plutôt qu’ils ne soulignent la structure du texte.

Mots clés : lettres, épistolaire, dame de la Tour, Sebille, dictamen, langage

Sarah Delale

ROCH (Danielle), « La structure des Autres Balades de divers propos de Christine de Pizan, ou la quête inachevée de l’harmonie du monde », Romania, 123, 2005, p. 222-235.

Problématique générale : prouver la cohérence de cet ensemble de poèmes ; définir une poétique par un ensemble de cercles emboîtés les uns dans les autres.

 Les Autres ballades de divers propos sont un ensemble de cinquante textes consignés dans le manuscrit BL, Harley 4431. Le problème de son unité a été très tôt posé. Danielle Roch démontre dans cet article que cet ensemble s’organise selon un système de cercles s’emboîtant les uns dans les autres selon une stratégie du nombre qui sert de base à une structure numérique organisé sur une base 15+15+3+3+15 visant un propos spirituel : l’expression d’une perfection transcendentale que ce nombre 15 symbolise. Cet article n’a pas d’index, mais possède une table de concordance.

Mots-clefs : discours ; lyrique ; vers ; auteur ; réception

Pierre Levron

ROCH (Danielle), Poétique des ballades de Christine de Pizan (1363-1430), avec une présentation de Jacqueline Cerquiglini-Toulet, Paris, Champion, 2013.

ROMAGNOLI (Patrizia), « Les formes de la voix : masques et dédoublement du Moi dans l’œuvre de Christine de Pizan », Au Champ des escriptures…, p. 73-90.

Cet article analyse la façon dont Christine de Pizan crée des images d’autorité féminines, afin de légitimer son activité d’écriture : la Sibylle de Cumes se substitue ainsi au Virgile de Dante dans le Livre du chemin de longue estude. Pour elle-même, Christine façonne un personnage fictif de femme-clerc, au costume reconnaissable dans les enluminures accompagnant ses textes. Mais cette silhouette qui risque de ne pas pouvoir être érigée en modèle n’est pas seule et Christine de Pizan se démultiplie, dans des figures féminines diverses, afin de légitimer sa voix. Cette « stratégie d’énonciation militante » se fonde sur deux procédés : celui du masque (représenté dans L’Epistre au Dieu Amour, où Cupidon prend la parole pour se faire l’avocat des femmes) et celui du dédoublement (par exemple, dans le Débat de Deux amants : une ou des figures féminines, doubles de l’auteur, apparaissent en plus du Je auctorial). De cette exploration émerge le rôle des avatars sibyllins, dont la dame de la Tour du LDVA constitue une incarnation. Le personnage endosse un rôle didactique, sans masquer une forme d’angoisse : la tour est à la fois un point d’observation et une prison où elle s’est réfugiée. La mise en scène de ce personnage permet à l’auteur de critiquer l’amour tout en évitant de se mesurer au langage amoureux et à ses dangers. Au fil des œuvres de Christine de Pizan, la population féminine est de plus en plus nombreuse, mais malgré cet élan, une part d’inquiétude demeure : la collectivité féminine n’est que fiction.

mots clés : auteur, dame de la Tour, enluminures, Sebille

Vanessa Obry

SCHREINER (Elisabeth), « L’Image de la Nature dans la poésie de Christine de Pizan », Au Champ des escriptures…, p. 639-650.

SIEFFERT (Mathias), « L’autorité des formes: les rondeaux de Christine de Pizan », Le Moyen Français, vol. 78-79, 2016, p. 207-221. 

SMITH (Geri), « De Marotele au Lai Mortel : la subversion discursive du code courtois dans deux ouvrages de Christine de Pizan », Au Champ des escriptures…, p. 651-661.

L’article, qui porte non sur le Duc mais sur les Cent Balades d’amant et de dame et Le Dit de la pastoure, s’intéresse à la manière dont Christine subvertit le code courtois en tant que discours circulaire et auto-référentiel. Comme dans le Lai Mortel, les voix du duc et de la dame présentent par moment un flottement référentiel qui pousse à se demander qui parle.

Mots clés : lyrique, courtoisie, langage, Cent Balades d’amant et de dame

Sarah Delale

STEDMAN (Gesa), « “Where is the Shade of the Worthy Christine Today ?” — Alice Kemp-Welch’s Early Feminist Reading of The Book of the Duke of True Lovers », Contexts and Continuities…, vol. 3, p. 829-841.

D’Alice Kemp-Welch, traductrice anglaise du Duc en 1908, on ne sait plus rien. Seules les introductions à ses publications (principalement des traductions de textes médiévaux français, comme la Châtelaine de Vergi en 1903) nous laissent entrevoir la conscience d’une femme victorienne qui interprète Christine de Pizan à la lumière du féminisme naissant. Sa traduction nous renseigne sur la réception du Moyen Âge dans l’Angleterre du début du XXe siècle. Pétrie des douceurs préraphaélites, Alice Kemp-Welch y use d’un style archaïsant pour dépeindre ce qu’elle a voulu retenir du Duc : la description pittoresque d’un château médiéval avec ses tournois, ses costumes et ses intrigues. Préoccupée par les agitations des suffragettes qui « crient sur la place publique », Alice Kemp-Welch demande à ses lecteurs ce qu’est devenue la discrète et responsable Christine de Pizan, where is the shade of the worthy Christine today ?

Mots clés : réception, traduction, lecture, féminisme.

Lucien Dugaz

TAYLOR (Jane H. M.), « Christine de Pizan and the Poetics of the Envoi », Contexts and Continuities…, vol. 3, p. 843-854.

VAN HEMELRYCK (Tania), « L’usage de fleurs lors des fêtes et des cérémonies. L’exemple de la littérature française des XIVe et XVe siècles  », La Vie matérielle au Moyen Age : l’apport des sources littéraires, normatives et de la pratique (Actes du colloque international de Louvain-la-Neuve, 3-5 octobre 1996), Emmanuelle Rassart-Eeckhout, Jean-Pierre Sosson, Claude Thiry et Tania Van Hemelryck éds., Louvain-la-Neuve, Institut d’Études Médiévales de l’Université Catholique de Louvain (Textes, Études, Congrès, 18), 1997, p. 277-301.

VINCENT-CASSY (Mireille), « Quand les femmes deviennent paresseuses », Femmes : Mariages—lignages, XIIe-XIV: Mélanges offerts à Georges Duby, Paris, De Boeck Université, s. d., p. 431-447.

WALKER (Julia), « Re-politicizing The Book of the Three Virtues », Au Champ des escriptures… p. 533-548.

WEINSTEIN (Jessica), « Horrifying Revelations : The Disruptive Eye (I) of Sebille de Monthault, Dame de la Tour », Contexts and Continuities…, vol. 3, p. 907-917.

WILLARD (Charity Cannon), « Lovers’ Dialogues in Christine de Pizan’s Lyric Poetry from the Cent Ballades to the Cent Ballades d’Amant et de Dame », Fifteenth Century Studies, 4, 1981, p. 167-180.

WILLARD (Charity Cannon), « Christine de Pizan’s Cent Ballades d’Amant et de Dame : Criticism of Courtly Love », Court and Poet : Selected Proceedings of the Third Congress of the International Courtly Literature Society (Liverpool 1980), Glyn S. Burgess ed., Liverpool, Francis Cairns, 1981, p. 357-364.

WILLARD (Charity Cannon), « Concepts of Love According to Guillaume de Machaut, Christine de Pizan and Pietro Bembo », The Spirit of the Court : Selected Proceedings of the Fourth Congress of the International Courtly Literature Society (Toronto 1983), Glyn S. Burgess et Robert Taylor eds., Cambridge, D.S. Brewer, 1985, p. 386-392.

Charity Cannon Willard explore la tradition courtoise des débats sur l’amour en comparant Le jugement dou roy de Behaigne et Le jugement dou roy de Navarre de Machaut avec le Dit de Poissy, le Livre des trois jugements et le Débat de deux amants de Christine de Pizan. Les deux auteurs adoptent une attitude réaliste contre le code de la fin’amor qu’ils dénoncent comme artificiel et hypocrite. Christine s’inscrit dans la tradition de débats versifiés imaginée par Machaut.

Pour trancher les débats sur la nature de l’amour, les deux poètes proposent de s’en remettre au jugement de hauts personnages qu’ils cherchent à flatter (le roi de Bohème, le roi de Navarre, le duc d’Orléans, le sénéchal de Hainaut). Alors que Machaut propose un verdict, Christine préfère laisser les questions en suspens, se contentant de présenter les tourments affligeant les amants. Machaut déplore l’inconstance des femmes et la jalousie qui taraude l’amant. À l’inverse,  dans l’Epistre au Dieu d’Amour et Débat de deux amants, Christine entreprend de défendre les femmes contre les idées répandues par Le Roman de la Rose de Jean de Meun. Dans le Débat de deux amants, un écuyer présente l’amour comme une émotion agréable et constructive. Selon lui, l’amour idéal doit reposer sur la loyauté, la courtoisie et la mesure.

Charity Cannon Wiliard inscrit également Christine dans la tradition italienne des débats sur l’amour en présentant ses prédécesseurs – Il Filocolo de Boccace— et ses successeurs – Gli Asolani de Pietro Bembo (publié en 1504). Bembo laisse ses personnages débattre des ravages et des délices de l’amour avant d’en proposer une interprétation platonicienne.

Mots-clés : courtoisie, dit, Guillaume de Machaut, lyrique

Delphine Mercuzot

WISMAN (Josette A.), « Aspects socio-économiques du Livre des Trois Vertus de Christine de Pizan », Le Moyen Français, 30, 1992, p. 27-44.

WOLFZETTEL (Friedrich), « Zur Poetik der Subjektivität bei Christine de Pisan », Lyrik des ausgehenden 14. und des 15. Jahrhunderts, Franz V. Spechtler ed., Amsterdam, Rodopi, 1984, p. 379-397.

ZHANG (Xiangyun), « Du miroir des princes au miroir des princesses : rapport intertextuel entre deux livres de Christine de Pizan », Fifteenth Century Studies, 22, 1995, p. 55-67.

***

[1] Nous avons essentiellement retenu les ouvrages composés par Christine entre 1400 et 1405 et, au-delà de cette période, ses œuvres poétiques.

[2] Dans cette section, les ouvrages sont classés par ordre chronologique.

[3] Pour les articles extraits d’ouvrages collectifs et d’actes de colloques cités dans la rubrique précédente, les références sont abrégées par un renvoi au titre ou au début du titre de l’ouvrage (sans indication des noms des directeurs de la publication, ni des lieu et date d’édition) complété par l’éventuelle tomaison et la pagination.